Que voilà un joli titre, « Tout autour des Halles quand finissait la nuit » ! Il nous parle d’un temps où cette chanson populaire avait un sens, où Paris n’appartenait pas aux bobos, mais où elle était à tout le monde. Avec sa gouaille, sa débrouillardise et son fatalisme, l’héroïne nous entraine dans un Paris perdu.
Les premiers romans et les jeunes éditeurs, ce n’est hélas pas tous les jours qu’ils retiennent l’attention de journalistes, critiques et chroniqueurs. Et c’est bien dommage, car ils recèlent parfois de sacrés bijoux ! L’Editeur est un nouvel… éditeur, qui cible des premiers
romans et des textes originaux. Il aime aussi visiblement la belle ouvrage : belle photo de couverture, beau papier, travail soigné…
Et c’est avec autant d’attention qu’il choisit ses auteurs. Celui-ci, Gérard Landrot, en est à son coup d’essai. Critique d’art, journaliste, galeriste, il nous dresse ici le portrait d’une sacrée petite bonne femme dans le Paris de la première moitié du XXe siècle.
Hermine, ou plutôt Mimine, comme tout le monde l’appelle, vient du Nord. Papa était mineur, Maman ne peut plus la nourrir, alors elle accompagne son oncle crémier qui vend ses produits aux Halles, à Paris.
Celui-ci en profite pour la violer et la voilà mise au tapin par un ami pas plus scrupuleux que l’oncle. On est dans les années trente, les claques sont très fréquentés. Seulement voilà, Mimine n’est pas une gagneuse, elle n’a pas trop le cœur ni le corps à l’ouvrage. Son mac et la patronne décident alors d’en faire la bonniche du bordel.
Un jour qu’elle fait les courses aux Halles, elle rencontre un type qui va l’aider à changer sa vie. Mimine devient concierge rue Montorgueil et traverse ainsi 1940, l’Armistice, l’Occupation, la collaboration et la Libération, en observant, en survivant.
Tout autour gravitent ses locataires : Irène, qui est « de la bottine » (ça
signifie la même chose que pour les hommes qui sont « de la jaquette » mais ça s’adresse aux dames), Mme Peretti et sa fille, le dentiste, les copains, les médecins, les collabos acharnés, les résistants de la première heure et les zélés de la dernière, ceux qui se cachent, ceux qui en profitent, ceux qui en crèvent. Mimine, elle, va son chemin, se laisse charmer, fait ce qu’elle peut, surtout.
C’est souvent, drôle, parfois émouvant, toujours touchant et juste. Le tout servi par un style savoureux, imagé, une verve à la Audiard, une gouaille de titi parisienne comme on n’entend plus. Un pur bonheur…
Marie Leon
© Etat-critique.com - 03/11/2011