Offrez-vous un voyage en Algérie avec Fellag l'enchanteur !
La mise en scène est sobre, si ce n'est épurée : c'est presque one-man-show (certes, il y a Marianne Epin qui joue Shéhérazade, la compagne du narrateur, mais il faut bien reconnaître qu'elle n'a pas la présence sur scène de Fellag), et le décor est limité à du linge qui pend sur une corde et à deux ou trois chaises.
Et pourtant, il suffit de quelques mots à Fellag - et à son immense talent de conteur - pour nous transporter dans une Algérie à l'ambiance haute en couleurs et surréaliste.
Il nous explique que « Tous les Algériens sont des mécaniciens », que lorsque vous sentez que vous allez tomber en panne de voiture, « vous vous rangez sur le côté, sans clignoter pour ne pas déranger l’anarchie générale de la circulation », et qu’à peine le capot ouvert tout le voisinage vous vient en aide.
Dès lors, que vous le vouliez ou non : « la voiture est à vous, mais le moteur est nationalisé ».
Fellag prend le parti de rire de l’Algérie, soulignant la gentillesse de la population et son fatalisme teinté d'une auto-dérision salvatrice. Si l'on en croit Fellag (et pourquoi ne le croirait-on pas ?!), les algériens sont fiers du désordre chaotique qui règne dans leur pays, et ils semblent bien décidés à rire de tout et à ne surtout pas prendre les choses au tragique.
Pourtant, ils pourraient avoir de quoi s’inquiéter : bureaucratie kafkaïenne, Chinois qui phagocytent les richesses du pays, eau qui manque cruellement, islamisme envahissant…
Fellag évoque toutes les misères qui affectent l’Algérie et qui poussent les algériens à rêver de la France comme d’un Eldorado, cette France qui aimante les rêves d’une vie meilleure, même si l’on sait pertinemment que la réalité de l’émigration ne sera pas douce.
« La France, c’est l’enfant naturel qu’on a été obligé d’avorter parce qu’il était le fruit d’une violence ».
Il y a dans le regard de Fellag une grande tendresse pour un pays et une population qui cultive vaille que vaille une insouciance forcenée forçant le respect.
Avec son humour élégant, Fellag séduit le public dès les premiers instants de son spectacle, et le rend heureux jusqu'au tomber du rideau.
Thibault Dablemont
© Etat-critique.com - 03/02/2009