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Vendredi 25 Mai 2012Cinéma

 Time

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Kim KI-DUK

Seong Hyeon-a, Jung-woo Ha, Ji-Yeon Park et Sung-min Kim - 08 aout 2007 - 1h37

Et ta critique ?




Moins poétique que Locataires, Time est une plongée dans la folie amoureuse magnifiquement photographiée. Très dur, le film ne conviendra pas à tous les publics mais restera une expérience marquante dans la filmographie de Kim Ki-Duk.


Le temps dont il est question dans ce film est celui qui emporte avec lui la passion et qui marque l’absence. Dans la vie d’un couple comme il en existe tant d’autres en Corée du Sud, la jalousie et le doute ont creusé leurs sillons. Très vite la paranoïa s’installe et conduit une femme à changer de vie pour retrouver dans le regard de son compagnon le désir qu’elle n’y trouvait plus.

Et pour changer de vie, elle choisit la plus radicale des solution : repartir à zéro en redevenant une inconnue. Pour cela, elle décide de changer de visage dans une clinique de chirurgie esthétique qui a pignon sur rue et qui promet justement une vie nouvelle. Après avoir disparu le temps que les séquelles de l’opération s’effacent, elle tentera de reconquérir l’homme de sa vie.

La dérive des sentiments est subtilement orchestrée. On suit douloureusement le chemin tortueux qu’empruntent deux personnes qui s’aiment mais n’arrivent plus à y croire. Chaque pas de l’un vers l’autre finit par les éloigner chaque jour un peu plus. L’imposture dans laquelle chacun s’est enfermé par choix ou par obligation les ronge de l’intérieur et s’inscrit sur leurs visages.

Le réalisateur n’a pas de tendresse particulière pour ses acteurs. Il les dissèque face à la caméra dans les moments les plus déchirants. Le couple amplifie ses gestes comme sur une scène de théâtre, hurlent leur colère, manifestent autant leur amour que leur désarroi. Au milieu d’une foule, ils attirent la curiosité mais l’exagération (volontaire) de la tragédie n’inspire que l’indifférence ou le mépris.

C’est un peu le constat d’un pays qui a du mal à concilier la déférence et le communautarisme asiatique avec l’expression très occidentale de l’ego. L’image est également un thème sous-jacent : l’homme est photographe, il manipule la réalité pour la rendre subjective ; la femme ne se définit que par son corps pour exister au delà des autres. Tous deux se retrouvent et se perdent sur une plage où des œuvres d’art contemporaines semblent abandonnées par leur créateur.

Et comme les sculptures, notre couple se retrouve livré à lui-même, incapable d’avancer sans comprendre l’impulsion de l’autre dans sa vie. Il ne s’agit pas d’un manque de confiance mais de l’impossibilité à s’envisager sans l’autre.

Time c’est aussi la quête de l’identité et le côté sombre de la relation amoureuse : ambiguë, trouble et insaisissable. Un peu comme le film en somme.


Vincent Valat

© Etat-critique.com - 08/08/2007