Voici un magnifique premier album, une perle rare des sixties, où Tim Buckley (19 ans), voix d’or et mélodies subtiles, nous montre de qui il est le père. Cet album, le plus folk et le moins expérimental de son œuvre, est à écouter d’urgence.
Bon, d’accord, la pochette n’est pas très patchouliesque, et Tim a tout l’air du gendre idéal là-dessus, même si les cheveux sont un peu longs pour l’époque. Mais nous sommes qu’au tout début de l’ère hippie, au milieu des sixties, époque fabuleuse ou tout est en gestation, et où la musique rock évolue à 300 à l’heure.
Tim Buckley, jeune troubadour folk issu de la scène d’Orange County en Californie est remarqué en 1966 par Herb Cohen, le manager des Mothers of Inventions de Frank Zappa. Séduit par son incroyable organe vocal et ses compositions, Cohen l’emmène à New York et lui décroche un contrat chez Elektra. Son premier album, enregistré en 3 jours à Los Angeles en août 1966, sort en novembre, le mois même ou naît son fils, un certainJeff. Mais Tim, qui a quitté le domicile conjugal avant la naissance de Jeff, ne rencontrera qu’à peine son fils (qui d’ailleurs ne sera même pas invité à son enterrement !).
C’est tout de même inouï car les deux ont beaucoup en commun : même tronche, même voix, même sens de la mélodie, même liberté musicale, et même mort tragique avant trente ans.
On s’en rend compte à l’écoute de ce premier opus, souvent considéré par les fans, et même par ses géniteurs eux-mêmes, comme mineur.
Tim, quelques années plus tard, trouvera que le disque sonne « comme Disneyland ». Son compère Larry Beckett, qui cosigne les chansons, avouera que l’album avait trop cherché à plaire au public. Quand on voit la suite de la carrière de Tim, avec des disques de plus en plus expérimentaux et aventureux, on peut comprendre. Il n’empêche que cet album est une petite merveille. La production est très emblématique de l’époque, et de la maison de disques Elektra : un rock-folk avec des arrangements de cordes signées Jack Nitzsche, les producteurs des Doors ou de Love, et des musiciens comme Van Dyke Parks aux claviers ou Lee Underwood à la guitare, qui jouera sur les premiers albums de Tim.
On ne se lasse pas de ces chansons qui semblent évidentes, mélodiques, de cette voix unique, et de romantisme post-adolescent emprunt d’une certaine naïveté mais aussi d’une grande sincérité. L’album s’écoute d’une traite, comme une longue chanson. On peut néanmoins citer la ballade Valentine Melody , l’ode à sa nouvelle amoureuse Song For Jainie , ou encore It Happens All The Time , ou encore l’envoûtante Song For The Magician comme sommets de cet album peu connu mais qui gagne vraiment à l’être. Et quand Tim pousse les vocalises au milieu de Strange Street Affair , on ne peut s’empêcher de penser à son fils .
A défaut d’amour paternel, il lui aura légué son immense talent.