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Vendredi 25 Mai 2012Cinéma

 This is England

This is England

Shane MEADOWS

Avec Thomas Turgoose, Stephen Graham et Jo Hartley - Ad Vitam - 10 octobre 2007 - 1h37

Et ta critique ?




Dans la veine sociale de Ken Loach ou Mike Leigh, l'Angleterre laborieuse de l'ère thatchérienne vue par les yeux d'un jeune skinhead en quête de repères. Un film fort et pertinent.

Le jeune Shaun à 12 ans et, en ce début d'été 1983, se sent bien seul au monde. Il vit avec sa mère dans un quartier déshérité d'une petite ville côtière sinistrée du nord de l'Angleterre. Son père vient d'être tué au cours de la guerre des Malouines. Et son pantalon un peu trop grand en fait la risée du collège!

Mais le gamin n'a pas froid aux yeux et lorsqu'il fait connaissance avec un groupe de skinheads locaux, il découvre de vrais copains, les packs de bière, les jeans trop courts et les Doc Martens. Pourtant le ton change quand Combo, un skinhead raciste et plus âgé sort de prison et radicalise le discours, jusque-là plutôt bon enfant, de la petite bande.

C'est un long-métrage dense et généreux que signe Shane Meadows avec This is England. Filmé à hauteur d'homme, il donne une véritable épaisseur à chacun de ses personnages. Cette réussite doit d'ailleurs
beaucoup au choix des acteurs, et notamment à la prestation du stupéfiant Thomas Turgoose, gamin des rues, petit arnaqueur futé qui avait demandé à être payé pour son audition !

Quand à la description du milieu skinhead de cette époque trouble marquée par la politique radicale de Margaret Thatcher et la montée du National Front, elle est d'autant mieux restituée qu'elle s'inspire de l'enfance du réalisateur lui-même. Aucune facilité ni stéréotype caricatural ne vient ainsi minimiser l'impact des situations fortes de This is England.

Aucune tentation moralisatrice non plus. Seulement la reconstitution fidèle d'une Angleterre grise et glauque, hantée par les fantômes de la crise et d'Orange mécanique. Une Angleterre qui survit aux rythmes des tubes de Madness, Specials, Dexy's Midnight Runners ou Soft Cell. Une Angleterre qui trouve un exutoire dans une guerre improbable contre la junte militaire argentine à propos de quelques cailloux désertiques de l'Atlantique sud. Une Angleterre qui commence à faire la chasse aux blacks et aux pakis qui viennent ôter le pudding de la bouche de ses fils de souche.

Ce très bon film d'un réalisateur encore au début de sa carrière (moins d'une demi-douzaine de films à son actif) a été sélectionné au Festival de Berlin et obtenu le Prix du Jury des festivals de Rome et de Paris Cinéma. Il a également obtenu le Prix du Meilleur film au British Film Award 2007.


Joel Fomperie

© Etat-critique.com - 20/10/2007