Avec Song Kang-Ho, Kim Ok-bin, Oh Dal-su et Mercedes Cabral - Le pacte - 30 septembre 2009 - 2h13
Et ta critique ?
Délire baroque ou fumisterie frénétique, Thirst, le dernier né de l’auteur de Old boy laisse un goût étrange. Ce qui le rend très intéressant.
Thirst appartient à cette race de film qui vous abandonne entre deux eaux. Vous aimeriez vous extasier devant l’œuvre mais cela vous dérange profondément. Le film a réussi à vous faire vibrer mais l’ombre de l’esbroufe plane sur l’ensemble. Park Chan-wook aime déstabiliser. Il a encore réussi.
Après le très classique JSA (sur les soldats des deux Corée), le cinéaste s’est promené à trois reprises dans le film de vengeance avec un goût prononcé pour la provocation et l’invention. La seconde excusant bien souvent la première!
Le calvaire de ses personnages torturés trouve constamment une réponse visuelle forte et brillante. Lorsqu’il reçut le grand prix du jury pour Old boy, Park Chan-wook révélait une grande vitalité. Une obsession de séduire, choquer et dérouter.
Thirst reprend le thème du vampirisme et laisse la sexualité du sujet exploser. Ce n’est pas la première fois que cela arrive. Les noctambules aux longues dents sont des obsédés depuis que Bram Stocker les a inventés.
Park Chan-wook complique la chose puisque le vampire est d’abord un homme d’église ! Tout l’humour noir réside dans ce dilemme et toutes les folies proviennent de la libido contrariée de ce drôle de curé.
Tout cela pourrait être trivial si justement le cinéaste ne savait pas composer des images étranges et fascinantes. Park Chan-wook a toujours une idée supplémentaire pour effacer totalement une convention et inventer quelque chose.
Il est très difficile de comprendre son film. Eveil sexuel servi sur un lit de meurtres loufoques, comédie d’horreur, scènes de ménages entre vampires, vaudeville malsain, Thirst est une bizarrerie aux formes multiples. Chaque scène a son style et sa beauté. On passe d’un genre à l’autre sans prévenir. Ce qui provoque hélas un problème de rythme (2h13 tout de même).
Park Chan-wook fait une vraie proposition d’un cinéma différent, plein et généreux. C’est un peu le grand huit pour le spectateur : on se demande justement si on ne nous secoue pas un peu trop pour nous empêcher de penser. Sans être épileptique comme le cinéma d’action hollywoodien. Car, il sait composer des plans et des images. Il imagine en permanence. On a l’impression de rater des choses durant la projection. C’est peut être pourquoi Thirst est une œuvre frustrante. Dans ce monde violent, dingue et existentiel, on a soif d’y retourner !