Un vieux catcheur découvre la vieillesse ! Le stylisé Darren Aronofsky découvre le naturalisme ! Le spectateur retrouve l’Amérique profonde !
La comparaison est évidente. Randy Robinson et son interprète, Mickey Rourke partagent les mêmes casseroles. The wrestler évoque largement le destin incroyable de Rourke, séduisant comédien, emblématique des années 80, qui est tombé de très haut.
La star de 9 semaines et demi est devenu un has been abîmé puis sublimé depuis quelques temps. Rodriguez l’a remis en selle avec Sin City et l’acteur, au visage traficoté par des opérations diverses, fascine par ses blessures apparentes.
Il est toujours au centre de l’écran dans The wrestler. Une masse imposante et fatiguée. Une montagne de muscles vieillissante. Un monstre qui a pourtant un regard attendrissant, fait d’amertume et d’un éternel espoir.
Randy Robinson fut une gloire du catch des années 80. Depuis, il cachetone dans des petits galas, violents, de plus en plus durs pour lui. Après un combat, il fait une attaque cardiaque. Au delà du bilan médical, il fait le point sur son existence et ce n’est pas terrible…
Habitué à des ambitions visuelles assez impressionnantes, Darren Aronofsky (Requiem for a dream, The fountain) abandonne tout artifice. Il prend les tics du documentaire et s’essaie avec pas mal de réussite au réalisme.
La caméra suit donc au plus près un combattant abattu. Aronofsky termine son film sur une chanson magnifique de Bruce Springsteen et c’est bel et bien au chanteur que l’on pense durant tout le métrage.
La vie pathétique du héros, sa relation douloureuse avec sa fille, son amour hypothétique avec une strip-teaseuse (Marisa Tomei, la meilleure actrice américaine, n’ayons pas peur de le dire), le décor d’une banlieue glauque et froide, les bars sombres et les gestes tendres qui surprennent. Tout rappelle l’Amérique que chante Springsteen.
La petite Amérique souffre et continue à se nourrir, quoiqu’il arrive, d’espoir. Le discours est connu et c’est un peu le problème du film d’Aronofsky. Il n’étonne pas vraiment. La performance est là, éblouissante, ressuscitant un acteur dingue. Hélas, The wrestler est une variation un peu plus trash et déglinguée de Rocky.
Célébrant la dignité, The wrestler se prive de toute originalité. Heureusement il reste talent. Emouvant et brut !
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 23/02/2009