Une bouse intergalactique est venue s’écraser sur les écrans de cinéma. Surtout n’allez pas voir l’étendue des dégâts
Tout d’abord, Frank Miller est un magicien : il a réussi dans The spirit, adaptation d’une célèbre bande dessinée de Will Eisner, datant des années 1940, à rendre Scarlett Johansson, mauvaise actrice et dotée d’un charisme de poulpe.
Chapeau l’artiste ! Il a également réussi à saccager l’esprit d’une bande dessinée emblématique. Son " film ", si on peut appeler ainsi l’objet filmique évoqué est un kouglof, conglomérat de bruit et collision d’images sans queue ni tête . Il n’y a pas de rythme, pas d’intrigue (ou si peu), pas de personnages. Pas d’humour non plus. Juste des poses, de la frime !
Il n’y a qu’un ersatz de super-héros dont la belle voix grave (en version originale) émet des considérations inconsistantes dans lesquelles on reconnaît des lieux communs du polar (genre : ma femme, c’est la ville et je l’aime et lui suis fidèle même si c’est une garce).
Il y a également Samuel L Jackson. On ne peut pas dire qu’il cabotine car le verbe cabotiner est trop faible pour sa performance. Imaginez un Michel Galabru au pire de ses performances et sous cocaïne. Un Sim atteint de bouffées délirantes…
Ce truc est un salmigondis d’images retravaillées à la palette graphique où la couleur rouge s’impose au noir et blanc. Il y a des couleurs mais elles sont hideuses. Il y a du mouvement mais il est désordonné. Il y a des acteurs mais ils sont ectoplasmiques ou bien ils essaient d’imiter Louis De Funès.
Frank Miller avait coréalisé avec Robert Rodriguez Sin city. On pouvait lui prêter une part de la réussite de ce film. Hélas en réalisant tout seul The spirit, il prouve par l’absurde qu’il est un immense auteur et scénariste de bande dessinée, un écrivain au talent déroutant mais jamais au grand jamais un réalisateur de film.
Cela dit, on attend pour 2010 et avec impatience Sin city 2.
Philippe Sendek
© Etat-critique.com - 08/01/2009