1976-1985. La saga des Clash aura duré officiellement neuf ans et, à la charnière des années 70 et 80, aura marqué son époque comme, avant eux, les Rolling Stones (en s’appropriant le rythm’n’blues noir) ou les Beatles (en inventant la pop moderne) au début des 60’s. Leur pierre à l’édifice ? L’amalgame punk, rock, reggae, dub permettant la transition, le métissage et la fusion des genres et ouvrant la voie à la musique actuelle qui n’en finit pas d’explorer les souterrains dont les Clash avaient découverts l’entrée.
Avec le magnifique travail d’exhumation réalisé aujourd’hui par leur maison de disque au travers de cette Singles box, l’œuvre pionnière des Londoniens éclate au grand jour. Du White riot épileptique de 1977 aux interminables mix et autres dub de leurs titres extraits des albums Sandinista (1980) et Combat rock (1982) - on laissera de côté le régressif Cut the crap, orphelin d’un Mick Jones déjà parti pour de nouvelles aventures sonores - tout est là. Il n’y a qu’à se pencher pour entendre et comprendre.
Entendre l’hallucinante richesse d’une œuvre amorcée dans la fureur punk pour gagner rapidement les rivages inexplorés d’une musique riche de mille harmonies encore inconnues. Comprendre que les qualités propres de chaque membre de ce véritable gang musical sont la clé de cette réussite hors norme. Joe Strummer en idéologue (et parolier) chef de bande, Mick Jones en musicien inspiré et virtuose en recherche constante, Paul Simonon en bassiste emblématique et Topper Headon en dépositaire inébranlable de la rythmique du groupe.
On retrouve ainsi, dans cette Singles box, les dix-neuf singles anglais de leur carrière, reproduits au format CD (une version vinyle éditée en série très limitée est absolument introuvable dans le commerce) et insérés dans un fac-similé de leurs pochettes d’origine. Bel objet en vérité que cette boîte aux souvenirs (émus) ponctuée d’un livret dans lequel chaque single est commenté par un invité de marque : Pete Townshend (Should I stay or should I go), Steve Jones et Damon Albarn (London calling), Irvin Welsh (Clash city rocker), Nick Hornby (Whiteman in Hammersmith Palais), Carl Barat (Tommy gun), Shane McGowan (White riot) ou encore Sharleen Spiteri (The call up) et Bernard Sumner (Rock the casbah).
Les fans ne pourront pas se passer de cette box numérotée. Les vieux fans encore moins qui ne manqueront pas de ressortir leurs 45 tours (leurs 45 quoi ?) pour comparer la copie à l’original (je sais de quoi je parle, c’est ce que je viens de faire). Les autres feraient bien d’y jeter une oreille. Ils n’entendraient plus tout à fait de la même façon ce que la scène anglaise produit depuis vingt ans !