Le petit prodige du jazz continue de flirter avec la pop. L’excellent pianiste fait peut être ici un excès de confiance : dans un ennui poli, on se demande bien ce qu’il poursuit !
Cela commence sur les bases saines d’un swingin’jazz emprunté à Cole Porter où Jamie Cullum a déjà fait ses preuves. Avec deux albums et des millions d’albums vendus, l’Anglais ne veut pas se limiter aux sphères élitistes du jazz.
Il veut exploser les limites du genre. Dans la catégorie crooner, il est le vilain petit canard, le rebelle génial, le surdoué nonchalant. Ce qui l’intéresse c’est toucher le grand public et si possible, avec des titres de qualité !
Irréprochable dans l’exécution et excellent pianiste, le jeune homme avait glissé à quelques reprises sur le mauvais goût en confondant rock commercial et jazz mainstream. Il fait du jazz FM mais le résultat est plutôt agréable à l’écoute.
La voix est donc chaude et rappelle à quelques occasions Stevie Wonder. La seconde chanson amène beaucoup de légèreté capricieuse. I’m all over it et son refrain irrésistible devrait être un vrai succès…
La suite se gâte un peu. Cullum veut plaire à tous et mélange le jazz avec la pop ou même la soul. L’alliage est fragile car il ne surprend jamais. Certains titres ressemblent à des musiques de publicité. La présence du producteur Greg Wells y est peut être pour quelque chose : il produit Céline Dion et Katy Perry.
Les titres sont sans imagination et rarement on profite de son piano si impressionnant. Au lieu de cela, on a droit à un son mollement funk (If i ruled the world, We run things) et une reprise trop attendue d’un hit incontournable (ici Don’t stop the music de Rihanna).
On devine des morceaux écrits pour que le public puisse reprendre en cœur des « houhouhou » et les ballades ne sortent jamais du lot. C’est de la mélancolie sans saveur que nous vend Jamie Cullum. C’est dommage car le bonhomme conserve une certaine sympathie.
Sans surprise, ce troisième album chez une major manque cruellement d’enthousiasme (ce qui était le cas des deux autres). L’énergie du début a disparu. C’est un type trop propre pour être honnête que l’on découvre ici. L’âge de l’innocence est terminé. On a hâte que Jamie Cullum se jette à sa poursuite.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 01/01/2010