Des titres ayant dépassé la date de péremption, des notes mais aucune inspiration, les Eagles n’existent plus et personne ne leur a dit.
Les Eagles sont de retour et ils ont besoin d’argent, de cash, de flouze, de fraiche, d’oseille ! Pour cela ils sont prêts à nous faire avaler n’importe quoi : qu’ils sont un vrai groupe de chouettes copains, qu’ils ont préservé leur énergie créatrice et qu’ils sortent un nouveau double-album de chansons inédites.
Ce gang de vieux requins aux dents émoussées veut nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Ils ont les crocs dans nos portes-monnaies et nous inondent d’une liqueur vaporeuse qu’ils appellent des refrains.
Pour parler clair : n’achetez pas The long road to Eden. Vous allez vous faire arnaquer jusqu’à la moelle et jusqu’à la moelle, ça fait mal !
Avec cette daube, les Eagles réussissent le paradoxe de jeter l’opprobre sur leur carrière passée. Ils font penser à Genesis qui a réussi à nous faire oublier quel groupe génial il fut, quand Peter Gabriel était son leader. On appelle cela l’effet Phil Collins.
Car, et c’est bien triste rétrospectivement, les Eagles ont été un groupe phare des années 1970. Leur album Desperado a tourné sur toutes les platines des étudiants chevelus amateurs d’authenticité et de West Coast. Quand à "Hotel California", il fut le tube insurpassable pendant des années et permit à maint puceau d’espérer plus qu’un contact furtif.
Ils ont connu des tournées triomphales. Et les noms des fondateurs Don Henley et Glenn Frey ont signifié le meilleur de guitares harmoniques soutenant des voix proches des Beach Boys, le tout dans une atmosphère roots.
Mais depuis le début des années 1980 et en dehors de compils ramasse-fric, rien de nouveau sous le soleil. La réalité était la suivante : les garçons ne pouvaient pas se voir en peinture. Seuls leurs besoins de pépètes les poussaient à se retrouver pour des tournées de retrouvailles. Le syndrome Simon et Garfunkel en quelque sorte.
Aujourd’hui, triste jour, une vingtaine de chansons, torchées à la va-vite, plombées par des arrangements de plomb ou de fonte, voient le jour et nous sommes censés crier Hosanna !
Les Eagles sont devenus des gros lourds qui évoquent leurs petites peines de cœur de rednecks. C’est tout juste s’ils ne poussent pas des trilles de rossignol pour évoquer les pensions qu’ils doivent payer à leurs ex-épouses.
Quand au morceau de plus de dix minutes qui est censé être le clou de l’album, il fait irrémédiablement penser à un titre de Mark Knopfler mais sur lequel Knopfler n’interviendrait pas. Un ersatz du talent d’un autre en somme.
Ce disque est un tombeau dans lequel s’écrasent les illusions de ceux qui aimaient un groupe parfois touché par la grâce avant d’être rattrapé par le business. En ces temps de récession, ne leur accordons ni intérêt, ni pourboire et laissons-les cheminer soit vers l’oubli, soit vers le cimetière des éléphants.