Avec Michelle Morgan, Joshua Close, Shawn Roberts et Nick Dinicol - Bac films - 25 juin 2008 - 1h35
Et ta critique ?
Papy Romero est sacrément remonté contre ses contemporains. Il reprend sa caméra et s'offre un jeu de massacre avec son jouet préféré: le zombie. Dépassé ou engagé? Débat carnassier!
Doit-on attendre Romero comme le messie ? Il est vrai qu’il a donné ses lettres de noblesse au film de morts-vivants, cher au cinéma de genre, qui a engendré du bon comme du moins bon, voire du franchement mauvais quand il s’agissait pour des réalisateurs en manque d’inspiration de faire leurs premiers pas.
Il est difficile, malgré sa maîtrise du sujet et du sous-texte politique, de dire qu’il a raté son coup. Mais à force de se cantonner à son registre de prédilection, le risque de n’avoir plus grand-chose à dire d’intéressant ou de nouveau est grand. Pourtant, le problème vient peut-être plus des ambitions affichées et des artifices mis en œuvre pour les servir.
Dans une société gouvernée par l’information et l’image, la paranoïa bénéficie d’un terreau plus que satisfaisant pour remettre en cause notre manque paresseux de discernement. Dans ce cas, le concept d’un faux reportage aurait pu être une bonne idée si la justification n’en était pas si fallacieuse.
Servi par une narration au premier degré (hormis le passage de l’amish), le long-métrage finit pas devenir intello et moralisateur, en laissant de côté un aspect ludique qui visiblement aurait été de trop.
Côté forme, l’utilisation de la caméra subjective semble obéir plus à un effet de mode qu’à une réelle revendication artistique. Ainsi, les louanges destinées à la génération Youtube, seul rempart contre une chimère médiatique qui n’a de cesse que de censurer tout ce qui bouge, nous renvoient à ce constat : les films à message ne peuvent pas s’adresser à tout le monde.
Romero n’a jamais été tendre avec la société américaine. Il n’a jamais fait de compromis et a toujours évité toute nuance. A la violence, il répond par la violence. Complètement fantasmée. Celles des morts vivants, incroyable invention qui lui permet de balancer quelques vérités à la face de l’Amérique sous le couvert de divertissement.
Le zombie redevenu à la mode, Romero a trouvé les moyens de tailler un costard de chair fraîche à la politique de Bush avec Le territoire des morts. Cela faisait un paquet d’années que le réalisateur n’avait pas tourné et cette fois ci il ne se fait pas attendre pour récidiver.
Alors oui, le film est un long faux documentaire qui sert d’excuse à un Romero remonté contre ce que l’on fait de nos images. La société de consommation a muté en société d’images.
Comme dans Zombie, il a aussi peu de pitié pour les créatures venues d’outre tombe que pour ses héros, un peu idiots à tout vouloir filmer au nom d’une prétendue vérité. Le cinéaste s’interroge sur la mise en scène. L’indépendance et le petitesse du budget aident Romero à aller à l’essentiel.
Son film ne souffre pas de temps mort (je voulais la faire celle là). Rhytmé, le film contient la franchise que l’on aime chez ce cinéaste toujours énervé malgré son grand âge. Il conserve sa radicalité. Les morts vivants sont de nouveau des monstres affamés et désincarnés. Donc une menace crédible et palpitante.
Après [rec], le dispositif de caméra à la première personne fonctionne pleinement (on peut regretter une voix off un peu trop explicative). Le cinéaste se sert tous les écrans (de surveillance, d’ordinateur) pour nous plonger dans cette fin du Monde minimaliste.
Evidemment tout cela peut paraître idiot mais une série B qui défend un propos, même schématique, est une chose assez rare pour être célèbrer. Heureusement que les zombies sont éternels !