Le super héros milliardaire retrouve son adversaire préféré. Christopher Nolan ajoute un peu plus de noirceur dans l’univers de Batman et nous renvoie un reflet déformant, imparfait mais jubilatoire.
Il faut le dire tout de suite : la voix pleine de cailloux de Batman fait plutôt rigoler. Bruce Wayne force pour avoir une voix grave et on imagine le super héros en train de secourir la veuve et l’orphelin, faire en permanence attention à son timbre viril et profond !
C’est un détail mais il arrache le spectateur du second film de la nouvelle trilogie initiée par l’anglais Christopher Nolan. Comme Sam Raimi avec Spider-man, le réalisateur de Memento tire vers le haut une icône de la sous culture.
Avec peut être plus d’hésitation que Raimi ! Nolan n’est pas un habitué du blockbuster et son premier volet souffrait d’un manque de rythme. Ici, il y a encore une certaine faiblesse sur les scènes d’action et la mise en place d’une intrigue tortueuse.
Mais elle se révèle passionnante. Car autour de l’homme chauve souris, Nolan fait planer l’ombre de la folie, incarnée par le Joker. Ouvrons maintenant la parenthèse pour saluer la prestation de feu Heath Ledger, assez démentiel en fou furieux qui ferait passer Hannibal Lecter pour un végétarien.
Le personnage du Joker intervient dans le film comme un parasite. Batman continue à mener sa lutte contre la pègre de Gotham City. Il est aidé par Gordon, le flic intégre ; Harvey Dent, le nouveau procureur et Rachel Dawes, amie d’enfance de Bruce Wayne. En face, la mafia souffre et s’en remet à un fou furieux, le souriant et fêlé Joker…
Ce dernier apporte à l’éternel combat du bien et du mal, de la folie et une noirceur rare à ce genre de film. Gotham City devient une ville réaliste, loin de la vision gothique de Tim Burton. La violence aussi est plus naturaliste. On souffre beaucoup dans ce Batman.
De manière naturaliste (jusqu’aux limites que le genre autorise), Nolan décrit Batman comme un solitaire névrosé, incapable d’échapper à sa fonction. Il dépeint aussi une société schizophrène, rappelant notre époque.
Les blagues deviennent cruelles. Nolan enferme son super héros dans un drame étouffant et plonge l’intrigue dans un polar virulent et assez singulier. Ceci nous fait regretter les quelques erreurs de rythme, le ton trop poli de Christian Bale (même reproche qu’à Michael Keaton, autre interprète du chevalier noir) et une trop grande fascination pour le mal (ce n’est plus une surprise mais Double face vient se mêler au combat).
Cependant The dark night dépasse sa condition de blockbuster tant désiré. Il reflète son temps et cela nous offre un grand frisson puisque totalement inattendu.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 15/08/2008