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Vendredi 25 Mai 2012Cinéma

 The connection

The connection

Shirley CLARKE

Avec Warren Finnerty, Jerom Raphel, Carl Lee et Jim Anderson - Festival du réel - 1961 - 1h30

Et ta critique ?




Le Festival du Réel (du 7 au 18 mars), qui se tient dans différentes salles parisiennes, dont celles du Centre Pompidou, nous propose cette année une retrospective de la cinéaste américaine Shirley Clarke, à presque dix ans de sa disparition.


Figure essentielle de l’underground newyorkais, au niveaude Jonas Mekas et de John Cassavetes, elle a participé au renouvellement du cinéma sur le plan formel et thématique. Ses films reflètent la volonté d’interroger différemment le réel, au niveau des choix esthétiques et des dialogues mis en scène. The Connection en est un exemple prégnant.

Le scénario est volontairement très mince : un jeune réalisateur inconnu et son opérateur décident de tourner un film sur cinq drogués qui attendent l’arrivée de leur dealer. Quatre musiciens partagent leur impatience - et le même huis clos glauque et opprimant - et essaient de tuer le temps en jouant par moment des morceaux de jazz.

Un tableau en plein style Beat Generation : une situation réaliste aux teintes documentaires, des échanges verbaux apparemment improvisés (il s’agit en réalité du texte d’une pièce de Jack Gelbert), une atmosphère à la fois dure et poétique, la caméra qui vague légèrement entre un personnage et l’autre.

Et ce sera justement la caméra qui nous surprendra et introduira le sujet central du film : une mise en discussion fine et brillante sur les enjeux de la reproduction du réel. Le cinéaste et l’opérateur sont initialement cachés derrière leurs appareils, nous avons l’impression d’assister à une simple action qui a lieu sans médiation sur l’écran. Les protagonistes du documentaire en cours de réalisation tentent maladroitement et sans trop de motivation de se raconter.

Mais petit à petit ils commencent à impliquer de façon plus active le réalisateur et l’opérateur dans leur attente impatiente de la dose d’héroïne. Le spectateur se retrouve soudainement au cœur de la construction filmique en cours. Le documentaire dévoile ainsi sa fabrication : il est d’abord mis en cause par ses protagonistes qui dénoncent le but hypocrite du réalisateur de faire « un document humain et honnête », alors que c’est lui qui a déclenché la situation, payant le dealer qui doit leur fournir la drogue.

Ensuite, puisque le réalisateur et l’opérateur commencent à apparaître devant la caméra ou à rendre manifestes leurs gestes derrière les appareils, la fabrication des images devient encore plus palpable aux yeux du spectateur. Le faux film direct qui se démasque de plus en plus est une explicite remise en cause des tentatives documentaires télévisées de l’époque.

Sincérité de l’expérience de vie et réflexion sur les méthodes et les finalités de sa diffusion médiatique se mélangent intelligemment, en produisant une œuvre visuellement forte et vigoureuse

The Connection repasse dans l’après-midi de vendredi 14 mars au MK2 Beaubourg et le dimanche suivant les écrans du Centre Pompidou nous permettront la vision de Portrait of Jason, un autre chef d’œuvre de cette cinéaste. Je vous conseille de ne pas les rater !


Gloria Morano

© Etat-critique.com - 13/03/2008