Ce jeune songwriter Suédois au pseudo étrange nous offre un deuxième album dans la lignée du premier : un grand moment de folk pur avec des mélodies accrocheuses et une voix à la Dylan extraordinairement expressive.
Kristian Matsson est de retour, deux ans après "Shallow Grave", avec un album enregistré à la campagne et écrit sur la route. Le baladin suédois n’a cessé de tourner ces deux dernières années, des cafés mythiques de Greenwich Village à l’Australie ou l’Espagne, et a composé et écrit au gré des humeurs. Il a aussi changé de label, ce qui lui a donné un peu plus d’exposition médiatique, bien qu’il reste encore inconnu du grand public.
Et c’est dommage.
Son deuxième album ressemble beaucoup à son prédécesseur, sans que ce soit d’ailleurs une tare majeure. On retrouve avec bonheur sa voix éraillée et son accompagnement minimaliste à la guitare, qui alterne morceaux en strumming (toutes les cordes grattées à la fois) et en picking (ou arpèges). On retrouve même, pour la première fois, un piano sur le dernier morceau, Kids On the Run .
Est-ce l’annonce d’un tournant musical ? On le saura au prochain épisode.
Toujours est-il que ce disque est à la fois plus maîtrisé que le premier sans provoquer le même effet de surprise (sauf si bien sûr vous n’avez pas écouté le premier...).
Un tel artiste est bien rare de nos jours. Voilà un mec qui a tout compris à la musique folk. Bon, il n’aime pas qu’on le réduise à ce simple adjectif, mais tout de même voilà un gugusse qui ne cache pas sa fascination pour le Dylan des débuts (il suffit de l’écouter chanter), et qui joue en solo en s’accompagnant à la guitare sèche. Mais il le fait avec une telle authenticité et surtout une telle force d’expression qu’il renvoie dans leurs chambres la quasi-totalité des musiciens qui se la jouent folk aujourd’hui.
Sa musique n’est pas nombriliste, ses textes font plutôt dans l’imagerie ou le non figuratif, encore à la Dylan ou à la Neil Young. Sa voix, un peu moins maniérée que sur le premier album, est tout simplement énorme, et on s’en rend compte lors du bref passage à capella de Drying Of the Lawns . Mais je continue à penser qu’il peut encore la simplifier, il a le timbre d’un Townes Van Zandt sur les morceaux plus calmes.
L’album est très homogène, les chansons se succèdent et se ressemblent un peu, même si chacune a sa particularité, qu’on apprend à connaître au fil des écoutes. Sans être l’album de l’année, ce "Wild Hunt" est la confirmation d’un talent et d’un garçon attachant qu’on aimerait maintenant voir sur scène rapidement.
Et ce qui est passionnant avec Matsson, c’est d’imaginer ce qu’il fera ensuite. Restera-t-il dans cette formule minimaliste ou passera –t-il comme Dylan, à des arrangements plus étoffés ? Et s’il le fait, gardera-t-il son originalité ? Normalement, s’il continue d’écrire de bonnes chansons, il n’y a pas de raison.