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Vendredi 25 Mai 2012Livre

 The Watchmen

The Watchmen

Alan MOORE et Dave GIBBONS

Delcourt - 400 pages

Et ta critique ?




Le film vient de sortir, mais rien ne vaut la lecture de ce brûlant roman graphique qui dénigre les glorieuses années 80 de Reagan. Une révolte salutaire !


Le film de Zack Snyder va-t-il conserver toute la rage contenue dans l’œuvre d’Alan Moore et Dave Gibbons ? The Watchmen, antithèse parfaite de Superman et autres héros en collants, peut il être adapté au cinéma ?

Depuis le début des années 90, d’illustres cinéastes (Terry Gilliam, Paul Greengrass, Darren Aronofsky) se sont cognés au problème d’adaptation et on veut bien le comprendre lorsqu’on relit la bande dessinée.

La richesse de l’œuvre est absolument éblouissante. Le scénariste Alan Moore compose une histoire avec plusieurs destins de héros masqués perdus dans une société au bord du chaos.

Parce qu’ils existent, Nixon est toujours président. La guerre du Vietnam fut gagnée. Et les communistes sont encore plus méchants. La troisième guerre mondiale est plus qu’envisagée…

Au milieu de tout cela, des anciens super héros se demandent à quoi ils servent et surtout deviennent les victimes d’un mystérieux complot. Les héros dans ces années 80 imaginaires ne sont plus que des asociaux, des adeptes de l’ultra violence et des lâches.

L’héroïsme et le patriotisme cachent des rancœurs et des secrets pas très avouables. Les auteurs règlent leurs comptes avec le reaganisme et ses valeurs douteuses.

Le style de dessin correspond aux codes du comics. C’est d’autant plus troublant de voir les réactions violentes des justiciers, devenus ennemis du peuple. Moore et Gibbons nous plongent dans une anarchie totale.

La bédé raconte le long glissement d’une civilisation vers le déclin. Quelques détails nous rappellent le monde d’aujourd’hui. La sortie du film aujourd’hui peut se justifier, hélas.

Les super héros en prennent pour leur grade et pourtant fascinent. Car tout est dans la démesure. Le roman graphique approche les 400 pages et révèle une imagination débridée. Déprimé, le ton est néanmoins inspiré.

Tous les clichés du genre sont piétinés par les deux auteurs, ravis de les détourner vers quelques chose de plus profond, de plus ambigu, de mélanger le noir et le blanc vers un gris plus nuancé. Le manichéisme devient l’ennemi de Moore et Gibbons. On les remercie d’avoir mis au point une arme aussi efficace contre les raccourcis faciles et les pensées rances.

Après cette bande dessinée, il ne faut plus s’étonner de voir Spiderman et Batman faire la tronche. Le spleen va décidément bien aux super héros !


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 28/03/2009