Figure discrète des années 60, Kevin Ayers refait parler de lui après 15 années de silence. Ses mélodies apparaissent alors essentielles et The unfairground est le premier grand choc de la nouvelle et récente année.
Il était le tout premier bassiste de Soft machine. Il a été dans le mythique groupe Gong. Il est un personnage d’importance du psychédélisme. Syd Barrett l’aimait beaucoup. Ses expériences musicales ont influencé John Cale ou Brian Eno. Il a découvert Mike Olfield. Kevin Ayers n’est pas très connu mais il gagne à être enfin reconnu.
Il fut pourtant un peu oublié. Cela faisait quinze ans qu’il n’avait sorti la moindre galette. Les pessimistes l’imaginaient comme le premier leader de Pink Floyd, trop haut perché. Son seizième album est donc un mini évènement. Il devrait devenir maxi ! La première chanson nous place au cœur d’une fanfare mélancolique mais mélodique.
La voix de Kevin Ayers est usée. Il a l’air fatigué et semble parfois se faire du mal à suivre les notes enthousiastes. "Heaven knows" ouvre un disque fait avec du cœur. Les défauts sont assumés mais Ayers est un artiste abordable. Il ne revient pas pour refaire en moins bien ce qu’il faisait avant.
Le disque est simplement rétro. Ayers ne court pas après un rêve de jouvence. Il poursuit avec délice des compositions magnifiquement ciselées. Le coté psychédélique a disparu. Il reste un amateur de ritournelles chaleureuses. On pense évidemment à Wyatt car les morceaux sont plus complexes à chaque écoute.
En écoutant plusieurs fois, on devine de nouvelles choses, un instrument discret ou une respiration moins anecdotique. Ayers ressemble au premier abord à un vieux troubadour, presque kitsch, mais finalement c’est un clown qui balance quelques vérités sous des airs légers.
Si la voix trahit un peu l’âge du capitaine, l’équipage rajeunit la musique, réunissant des membres des inoubliables Teenage fanclub ou Elephant 6. La différence d’âge révèle une superbe musique gracieuse et zélée. Une sorte de blues intemporelle et plus harmonieux.
Après 15 ans d’absence, Kevin Ayers n’en fait pas trop. La qualité du disque c’est sa courte durée. Cela renforce l’urgence du retour. A l’essentiel, voilà où il veut aller. Le temps qui passe, les amours et les amis perdus : les thèmes sont classiques mais traités avec une infinie délicatesse. Le disque est un bienfait pour les oreilles et pour l’âme.
The Unfairground est une œuvre dont on se sent étrangement proches. Elle vous cueille à l’improviste et vous entraîne dans un univers faussement vieillot et subtilement accessible. De tous les croulants qui reviennent sur le devant de la scène, Kevin Ayers n’a sûrement pas envie de remplir son portefeuille mais il a surtout envie de nous donner un insondable plaisir. C’est chose faite !
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 26/01/2008