En l'an 2000 sortait le premier album en propre de Bertrand Burgalat, l’homme à la tête d'un empire musical riche, éclectique et enthousiasmant : Tricatel (*).
L’univers de Bertrand est peuplé de références plastiques, de couleurs relativement flashy et de textures assez brillantes.Légèrement décalé, certes, mais bien ancré dans notre XXIe siècle, le disque parle du ressenti (comme tous les disques), mais celui-ci évoque les étés éternels, ce qui le rend délicieusement plus désirable...
C’est donc un rêve d’une nuit d’été, comme quand on entend un transistor branché dans un demi-sommeil, et par lequel sortiraient des sons ronds, épais et souples en même temps, comme des boules de latex ou une matière douce et moite prête à rebondir dans nos mains chaudes, et quand... hum, hum... Non, je ne parle pas de sexe... Je ne parle même pas des femmes-déesses de l’amour dyonisien...Et puis si, après tout. La musique, c’est ce qui nous fait vibrer. Et celle de Bertrand, plus qu’une autre d’ailleurs, nous emmène faire l’amour dans l’herbe sèche, près des dunes à la tombée du jour. "C’est une féerie de nappes en papier, et de cœurs qui chavirent, sous les tonnelles de l’hédonisme". Cette musique est pleine de ralentis langoureux. Si c’est pas charnel tout ça...
Courez l’écouter ! Bertrand Burgalat est le genre de type qu’on cherche à croiser dans des bars de moyenne classe (mais toujours clean), tant il doit fuir, modestie et humilité obligent, les endroits trop "hype" de la cité... Il est le genre de mec qui a l’air de prendre son temps, et de se balader dans des endroits déserts en fin de saison ; en fait, quand les places bondées se vident, quand il ne reste que la substantifique moelle d’un été désabusé.Le poète Burgalat donne dans l’easy-spleen, le tranquille sentiment désuet. Il est l’observateur attentif, celui qui devine le son des choses et la courbure du temps. Son talent est de nous faire ressentir cette douce nostalgie optimiste d’un moment demi-conscient (Aux Cyclades électroniques).Bertrand, on a envie de le rencontrer par hasard au coin de la rue (Ma rencontre), instant suspendu où l’on échange trois mots sous un ciel gris, chaud, vêtu d’un manteau de début d’automne, celui qu’on porte depuis 12 ans, qui est tout élimé aux manches mais qu’on a envie de porter encore et encore, pas parce qu’il fait "mode", mais parce qu’il a vécu tellement de moments biens, qu’on l’aime ce vêtement, comme un vieux pote.
Cet album, c’est le miel d’un "happy-culteur" qui serait parti en vacances, c’est du papier cellophane bleu dans un jardin raffiné (je ne parle pas de pétrole)... C’est un recueil sunshimadélique ! Il ouvre en grand des fenêtres en couleurs sucrées dans le décor de chewing-gum usé de notre quotidien.
(*) Univers à découvrir de la façon la plus agréable qui soit sur le superbe www.tricatel.comqui offre la possibilité d'écouter en ligne et en intégralité 5 titres de chaque album du label, du N°1 (Valérie Lemercier "Chante") au N° 32 (Les Shades "Le meutre de Vénus"). Et de découvrir une sélection de clips splendides, de Michel Houellebecq à AS Dragon en passant par Count Indigo.