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Vendredi 25 Mai 2012Art-scène

 The Messenger

The Messenger

Bill VIOLA

The Messenger - (1996) - Bill Viola - Musée Rodin dans le cadre de la Nuit des Musées

Et ta critique ?




La nuit dernière les jardins du Musée Rodin ont été le théâtre d’une apparition irréelle. The Messenger, de Bill Viola, projeté pour la première fois en plein air et sur grand écran, a définitivement transformé le lieu.


En pénétrant dans l’enceinte du Musée Rodin à la suite des noctambules équipés de leur lampe de poche, curieux serpents lumineux qui se croisent et s’entrecroisent dans les allées, un son inquiétant domine et attire, un son d’abord indéchiffrable.

À tâtons, en suivant les lucioles qui s’éparpillent à l’intérieur et à l’extérieur du musée, nous parvenons derrière le bâtiment où The Messenger nous attend.

Il se dresse à la verticale devant le bassin, en arc de cercle autour de lui les haies noires de nuit, les statues de Rodin éclairées par les faisceaux des torches des visiteurs du soir ; des statues comme une armée de spectres.
Ou comme un chœur antique, dont le chant, cette respiration si pleine et si puissante qui nous a mené jusqu’ici, accompagne le rituel de purification et de résurrection du Messenger.

Sur le rythme vital de la respiration, Bill Viola écrit l’histoire universelle et mystique de la Révélation.

Ici le souffle humain acquiert une ampleur toute spirituelle : lorsqu’il émerge de l’eau, The Messenger retrouve vie, retrouve foi, il naît et renaît à chaque inspiration, le souffle créateur voyage du respir à l’esprit. Il est ce courant d’air où s’échange la vie du dedans (l’intime, le profond), et celle du dehors (l’universel).

Dehors il fait nuit. L’eau noire dans laquelle s’enfonce de nouveau The Messenger déborde du cadre de l’écran et se répand dans le ciel. Les bulles d’oxygène cloutent comme autant d’étoiles la surface de l’eau devenue air.
Et le corps nu alors ne sombre plus dans l’eau, il traverse l’espace, devient ange. Les déformations causées par le liquide greffent des ailes aux membres flous ; à notre tour nous planons.

Bientôt le visage n’est plus qu’une constellation d’étoiles d’oxygène, le corps un réseau d’entrelacs mouvants, une forme indéfinie, entraînée toujours plus profond. Puis peu à peu, elle revient à la conscience, traverse, totalement purifiée par ce voyage initiatique, les constellations aquatiques, et alors le corps apparaît sous la surface de l’eau. Pour la fendre, ouvrir les flots, les yeux, la bouche, saturer la nuit entière du cri vital du souffle, qui se reprend, qui se donne aussi, au public en apnée découvrant la vie aérienne après ce temps d’eau et d’enfermement, ce temps de fœtus.

The Messenger affirme alors son identité, l’eau s’écarte sur sa peau comme un suaire, une membrane organique, les yeux nous fixent, un sourire de plénitude arque les lèvres.

Il flotte ainsi quelques temps. Un temps de silence pour le public, de recueillement ; la respiration seule affirme sa présence. Puis les bras en croix comme une figure christique tragique, The Messenger traverse de nouveau le miroir et s'éclipse.


Perrine Le Querrec

© Etat-critique.com - 20/05/2007