2004 : après un premier opus urgent et punk, les sauveurs du rock revenaient sur le devant de la scène avec un disque moins punk, plus rock que son prédécesseur… mais tout aussi indispensable.
Ils devaient être la réponse anglaise aux Strokes et aux White Stripes, ce rock d’outre-atlantique qui s’attaquait de belle manière aux charts mondiaux.
Le temps d’un premier album, "Up the bracket", les Libertines avaient été bien plus que ça : ils avaient relégué les groupes pré-cités au doux rôle de suiveurs.
"Up the bracket" était ni plus ni moins qu'une bombe punk-rock parfaitement maîtrisé, aux influences parfaitement revendiquées et digérées (entre autres Clash, Wire et autres Jam), produit par un ex-membre de la bande à Joe Strummer (Mick Jones) et mené de main de maîtres par un duo de songwriters complètement déjanté et quelque peu accro aux substances illicites.
Après un Ep ravageur (l’excellentissime "Don’t look back into the sun" sorti en 2003), revoilà notre quatuor avec un nouvel album, le bien nommé "Libertines".
Et pourtant, on a cru longtemps que ce disque ne verrait pas le jour : les deux meilleurs amis du monde ne l’étaient plus vraiment (Pete Doherty cambriolant Carl Barat), la drogue, présente depuis le début dans le groupe, faisait tourner la tête de Pete, enchaînant cure de désintoxication sur cure de désintoxication, etc...
C’est presque par miracle que le groupe a réussi à se retrouver quelques jours, histoire d’enregistrer un second opus qui devrait suivre le même chemin que son prédécesseur.
Aux manettes, toujours Mick Jones, premier fan du groupe et qui donne une véritable âme (et un son unique) au groupe.
Car Barat et Doherty sont toujours au chant et à l’écriture. Mais ils ont décidé de régler leurs comptes. En chansons. Ils reviennent en quatorze titres (plus une hidden tracks, France, ballade belle à pleurer) sur leur histoire des derniers mois. Et s’envoient tout à la figure.
Tout commence par le furieux, mais tubesque, Can’t stand me now , où les voix de nos deux protagonistes se répondent magiquement.
Suivent deux titres plus anodins (dont le plutôt raté Don’t be shy) avant d’attaquer le gros du disque.
De The man who would be king à What became of the likely lads, tout y passe en 11 titres à la fois furieusement pop, rock et punk-rock.
Et puis il y a ces deux titres enregistrés lors de ces fameuses Sessions Nantaises, enchaînés sur le disque, Narcissist et Ha ha wall, qui rappellent les meilleurs heures de "Up the bracket".
Les guitares riffent leur désespoir, Gary Powell prouve qu’il est un des meilleurs batteurs anglais du moment (ces roulements sur Arbeit macht frei !), et Mick Jones enregistre tout cela en live (quelques prises pour chaque morceau).
Comme pour le premier album, les références et les clins d’œils sont évidents : Wire, les Clash, les Jam… Nos deux amis connaissent l’histoire de la musique sur le bout des doigts. Et l’assènent sans coup férir à l’auditeur qui ne peut rien faire d’autre que d’être subjugué.
Ce disque est une bombe, une galette comme il en arrive peu en une année. Forcément importantissime pour 2004, obligatoirement indémodable. Mythique.