1995 : avec son quatrième album, Blur signait une petite perle à la fois pop et désenchantée. Un disque qui devrait être remboursé par la Sécurité sociale pour le bien qu'il fait.
"The Great Escape", voilà un titre d’album qui laisse un souvenir particulier dans ma mémoire. Avec cet opus du groupe de Colchester, il y aura eu pour moi un avant et un après. Avant, je découvrais peu à peu l’œuvre (oui, j’emploie le mot œuvre) de Blur en me disant "ça sonne bien ce qu’ils font". Après, j’ai compris que ces types formaient l’un des plus grands groupes de rock de tous les temps. Bon, je reviens à mes moutons, et pour parler de "The Great Escape" , je suis obligé de parler de moi.
C’était un jeudi après-midi du mois d’avril avec un vent à décorner une vache folle et une température vraiment très fraîche, bref, une après-midi vraiment très nulle. N’aillant rien d’autre à faire, je me dirige vers un supermarché de la culture (une Fnac, quoi), car mon professeur d’anglais avait eu la meilleure idée de sa carrière en désertant ce jour-là les couloirs de la fac pour soigner sa grippe. Tel un Surcouf, je me lance à l’abordage du rayon variétés internationales, lettre B comme Blur. Je jette un rapide coup d’œil à tous les disques et un peu au pif, je choisis donc le dernier exemplaire de "The Great Escape" restant dans le bac. Je retourne à la caisse pour payer, et je rentre chez moi, en ayant au préalable assisté, dans le métro, à une dissertation sur la coloration de mèches de cheveux par deux collégiennes habillées comme Lorie. La vie, c’est pas drôle tous les jours…
Nous voici maintenant samedi matin. Je me prépare à rentrer chez moi pour cause de vacances de Pâques. Il fait un temps toujours aussi pourri, la journée de vendredi a été terrible avec son cortège de cours ennuyeux, en résumé je déprime sec. Dans le métro qui m’amène à la gare, je rencontre une copine que je n’avais pas vu depuis une éternité. Elle me présente son nouveau copain, le genre super beau, sportif et qui a déjà un boulot super bien payé. Bref, je déprime encore plus. Installé dans le train, le nez collé à la vitre, je mets "The Great Escape" dans mon baladeur, les écouteurs dans mes oreilles et, passez-moi l’expression, en avant la musique.
Tout d’abord, ce qui frappe dans cet album, c’est la continuité des chansons qui s’enchaînent avec une aisance folle. Aucune d’entre elles ne contredit les autres, ni par les paroles, ni par la musique. Ce qui est amusant, car l’album contient différentes tonalités avec des chansons lorgnant vers le rock (Globe alone), la ballade (He thought of cars) ou bien la pop avec violons et chœurs dans le plus pur style Burt Bacharach (The universal).
Ensuite, les textes de Damon Albarn sont un modèle de drôlerie, de cynisme, décrivant notre vie moderne qui consiste à ne plus communiquer, à se bourrer de Prozac et à acheter de la culture pré-machée. Alors qu’eux prônent un retour à la nature, à vivre moins vite, apprécier ce qui nous entoure. Mais attention, Blur n’est pas un groupe de hippies crétins, ni des chanteurs pour minettes décérébrées. Non, Blur en général et "The Great Escape" en particulier expriment un mal-être, mon mal-être.
Moi aussi, je veux faire ma Great Escape (ma grande évasion, pour les non-anglophones), m’en aller au bout du monde loin des métros, des téléphones portables, des facs soporifiques.
Plonger dans l’océan bleu comme la pochette (peut-être l’une des plus belles de l’histoire).
Finalement, quand je suis descendu du train, il pleuvait toujours, mais j’avais écouté "The Great Escape" et ça allait déjà mieux.
Avec son quatrième album, Blur signe une petite perle à la fois pop et désenchantée. Un disque qui devrait être remboursé par la Sécurité sociale pour le bien qu'il fait.