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Dimanche 05 Février 2012Art-scène

 The Freak Show

The Freak Show

Les presses DU RéEL

Publié à l'occasion de l'exposition au Musée d'Art Contemporain de Lyon, organisée par le centre d’art La Salle de Bains à Lyon (Lionel Mazelaygue, Vincent Pécoil et Olivier Vadrot)

Et ta critique ?




Devant l’extension du pouvoir de normalisation, une exposition et un catalogue viennent nous rappeler comment le monstre, ce grand modèle de toutes les anomalies, détient dans sa différence l’ouverture vers la création.


The Freak Show, l’exposition, est terminée. Mais le catalogue est toujours là, et aucune date de péremption ne l’accompagne.

La destinée des monstres et le regard de la société sur ces phénomènes ne cessent de fasciner. Dans son article "Exposer l’anormalité", Vincent Pécoil retrace l’histoire des Freaks, de leur exhibition aux Etats-Unis dès le milieu du XIXe jusqu’au début du XXe.

Certains faisaient des tours (avaler des sabres, se contorsionner…), mais la plupart ne montraient que ce qu’ils étaient : ils étaient exactement ce qu’ils étaient. C’est-à-dire des nains, des géants, des siamois, des femmes à barbes… Ceux que d’autres ont pu voir dans les bocaux de l’entomologiste Dupuytren.

Existaient les born freaks et les made freaks, et pour tous, afin de contenir et de diffuser l’anormalité, une histoire épique et fantaisiste inventée et narrée par le bateleur, curator de l’époque.

L’exposition que nous visitons sur le catalogue déplace la structure des ces exhibitions de monstres aux objets d’art considérés comme monstrueux, "dont la conformation peut sembler anormale par excès, défaut ou position anormale des parties, mais en excluant toute représentation du corps humain."

L’inventaire de ces œuvres stupéfie dès l’énumération : œuvres siamoises, tronc, à tête d’épingle, naines et géantes, tatouées, asexuées, difformes, chimériques… Soit une sélection d’œuvres en fonction des critères formels qui sont une transposition des déformations des freaks.

Et l’ensemble bouleverse nos habitudes visuelles, réapprend à notre oeil à voir et à regarder.

L’exposition et la valorisation de la différence, la conviction que l’anormalité est une valeur positive sont des notions essentielles à l’art. Et qui devraient être pérennes.

La suite de l’article montre comment le marché de l’art et les stratégies des grands musées sont proches de l’évolution des Freaks shows, qui migreront du musée au cirque et aux foires internationales, jusqu’à ce que, vers 1930, les freaks passent du statut de "curiosité" physique à celui de malades.

Depuis, qui a revêtu la peau du freaks ? L’artiste, le marginal, le fou créateur, la face sombre de l’expérience humaine.

À vérifier dans ce livre, parfait jusque dans les lettrines qui, un instant, font douter de ce que l’on lit avant d’imposer leur différence, et les cartels de l’exposition conçus par Mrzyk et Moriceau dont on connaît l’usage immodéré et jouissif de l’anormal.


Perrine Le Querrec

© Etat-critique.com - 07/10/2007