C’est incroyable tout ce qu’on peut faire avec ! Et pourtant...
Consignée à l’arrière scène des formations de jazz dans un rôle ingrat de rythmique de base, de faire valoir, recluse au fin fond des orchestres symphoniques comme les cancres et les inutiles, carrément remplacée dès les débuts du rock’n’roll par la guitare basse électrique, elle n’a jamais été en mesure de tirer à elle la couverture du vedettariat instrumental.
Un triste sort, finalement. Une drôle de destinée, pleine de frustrations, d’abnégation et d’humilité forcée. Etait elle à ce point timide pour accepter son statut de dernière roue du carrosse sans broncher, sans bouger, sans mettre son pied dans l’écuelle ? Ou attendait elle simplement, orgueilleusement, l’heure où elle serait enfin utilisée à sa juste mesure, chauffée aux feux de la rampe, exploitée, triturée, expérimentée, mise en valeur... ?
Nul ne le sait vraiment, car elle ne parle pas beaucoup pour ne rien dire, c’est là son moindre défaut. Pour le reste, depuis que Mich Gerber s’est occupé de la caresser dans le sens du poil, une très belle histoire est née, donnant une nouvelle dimension, une richesse insoupçonnée à notre instrument à quatre cordes. La contrebasse.
Quatre cordes mises en émoi tour à tour par le frottement, par le pincement, par la percussion . Fermement, doucement, lentement, rapidement, durement, sensuellement. Archet, doigts, mains. L’alternance des stimulis et l’étendue mathématique des combinaisons possibles font que notre contrebasse se révèle sous nos oreilles ébahies comme une véritable mine inépuisable de sons et d’émotions.
Mich Gerber est au départ un contrebassiste classique suisse, qui joue dans des orchestres symphoniques (derrière les autres, tout au fond, donc...). Friand de nouvelles expériences musicales, curieux et créatif, il opte rapidement pour plus d’éclectisme tout en s’attachant à travailler dans l’univers de son instrument originel. Et il n’hésite pas à lui composer un environnement mâtiné d’électronique, de percussions, de programmations...Et parfois même de chant. Et pas n’importe lequel : celui d’Immi, alias Imogen Heap, grande jeune et belle chanteuse-compositrice-pianiste à la voix forte, sensuelle et magnifiquement timbrée.
« The Endless String », principalement instrumental (seulement trois vraies chansons sur les onze morceaux), c’est un voyage sensuel et étonnant dans le monde sonore de la contrebasse, présente sous toutes ses coutures, belle comme une déesse.
Ambiances orientales, pop, classiques, mélopées, sarabandes, boléros, chansons, intimement enlacés c’est beau, c’est prenant, c’est inspiré et ça fait du bien.
Chaudement recommandé, donc, d’autant que le disque vaut l’achat rien que pour le splendide Embers of love. Et en plus la pochette, composition à base déstructurée de visage de l’artiste, de mains, d’archets et ...de contrebasse, est vraiment épatante .