C’est avec cette énumération que l’artiste définissait cette formidable surprise de fin d’année 2005 qui la faisait enfin se révéler à un public plus large que celui des couloirs de métro et des boîtes de jazz confidentielles où elle fit ses interminables premiers pas en forme de galères successives.
Mais la chance devait forcément tourner, car en plein milieu du joli sourire de La Brisa Day Roché (c’est son vrai nom et on pense tout de suite à celle qu’on surnommait Lady Day… pertinente coïncidence), il y a de magnifiques dents du bonheur !
Née en 1974 au nord de la Californie, dans un contexte hippie qui était à la mode dans ces années-là, La Brisa a baigné dans la musique, la littérature et l’aventure depuis toute petite. Son père écrivain, marié 7 fois, la trimballe au gré de sa dangereuse activité parallèle de trafic de came qui lui vaudra une mort prématurée (à moins que ce soit les 7 mariages…).
Immunisée à tout jamais contre la trouille, la toute jeune fille n’hésite pas à se lancer dans des pérégrinations bohémiennes initiatiques à travers les Etats-Unis, puis la Russie, l’Afrique du Nord… terminus Paris, donc.
Garçon manqué, dure et endurcie, c’est un personnage étrange et fascinant qui écume les petites salles dans un registre de "torch singer", reprenant des standards de swing accompagnée, au gré des rencontres, à la guitare, cuivres, contrebasse, piano et assurant elle-même la rythmique en claquant ses cuisses avec fougue.
Personnalité, présence, évident talent d’interprète et d’auteur-compositeur viennent s’ajouter à une allure qui prend sa pleine dimension dès lors que la jeune femme accepte de passer le pas du maquillage et de l’habillage pour se mettre en valeur (couturière aguerrie, elle fabrique désormais elle-même ses tenues qu’elle agrémente avec classe et originalité d’accessoires inspirés du style Art-Déco).
Franchement, il était impensable qu’un label de qualité ne finisse pas par s’intéresser à elle ! Et c’est le très spécialisé Blue Note (comment ça spécialisé en quoi ? en jazz, voyons !) qui est venu la chercher pour lui donner les moyens de travailler à la petite merveille d’album ici présent.
Dix-huit morceaux plutôt courts, très mélodiques, subtilement arrangés, reliés entre eux par une délicieuse fragrance années soixante qui enveloppe des ambiances jazz, swing, variété (la troisième chanson est une - adorable - reprise d’Adamo !), rock’n’roll, rock-garage, blues, pop… et même mambo-tango !
C’est superbement envoyé, attachant, sexy, plein de délicatesse et de grâce. Et cette très jolie voix rehaussée d’un craquant petit accent quand elle chante en français (on pense à April March période "Chrominance decoder" chantant Burgalat, mais aussi à Jane Birkin période "Lolita go home" chantant Cole Porter)…
Vraiment lovely et really charmant à la fois. A (re)découvrir.