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Vendredi 25 Mai 2012Livre

 Terre des oublis

Terre des oublis

Thu huong DUONG

Le Livre de Poche - 699 pages - Traduit du vietnamien par Phan Huy Duong

Et ta critique ?




La lecture de Terre des oublis est une fascinante plongée dans une histoire langoureuse comme une mousson, poétique et extrêmement dépaysante.

 
Miên a épousé Hoan, un homme mesuré, respectable et riche qu’elle aime profondément. Elle savoure paisiblement la vie, jusqu’à ce que revienne Bôn (son premier mari, un amour de jeunesse qu’elle n’a qu’à peine connu avant qu’il ne parte pour la guerre et ne soit déclaré officiellement mort).

Les voix qu’elle entend (que ce soit celle, intérieure, de l’honneur ou celles des villageois) lui enjoignent de reprendre celui qui s’est sacrifié pour son pays et qui a conservé, intact, le souvenir de son amour. Hoan est, quant à lui, bouleversé à l’idée de perdre celle qu’il aime plus que tout.

Duong Thu Huong se concentre tour-à-tour sur chacun de ces trois personnages, nous livrant régulièrement le fond de leurs pensées, leurs craintes, leurs ambitions. Elle décrit magnifiquement  le bouleversement occasionné par le retour de Bôn, une résurrection qui bouleverse leurs vies à tous.
 
"Pourquoi, pourquoi ? La vie bascule comme une main qu’on retourne, comme si aujourd’hui était un rêve et hier la réalité."

L’écrivain laisse les protagonistes se perdre dans leurs pensées : elle leur permet de se détacher du présent pour se plonger dans les souvenirs ou les soucis qui les hantent. Leurs pensées voguent, jusqu’à ce que le présent se rappelle brusquement à eux.

"Un claquement sec fait sursauter Bôn, le tire de sa rêverie. Xa le Borgne vient d’allumer une autre cigarette et de jeter son gros briquet sur la table. Bôn se souvient soudain qu’il n’a pas répondu à Xa, que cet homme grossier vient de l’injurier copieusement. Xa lui demande : Alors, tu m’écoutes ?"

Ces divagations permettent à Duong Thu Huong d’évoquer majestueusement l’horreur des combats, la préoccupante et cruciale question du sexe ou encore le sens de l’honneur. Elle ponctue également son récit de références fugaces au monde occidental (mythologie romaine, présence française…) qui relèvent l’exotisme de l’histoire.

Au fil de ce long (mais jamais ennuyeux) roman, l’auteur dresse un panorama subjectif et fascinant du Vietnam d'après-guerre, et de la culture paysanne vietnamienne. Indéniablement une belle expérience littéraire.


Thibault Dablemont

© Etat-critique.com - 01/04/2008