1991, avènement du grunge… On remet les chemises de flanelle, les jeans déchirés, les boots de bûcheron, on arrête de se raser et d’aller chez le coiffeur… et on réécoute Ten. Au fait c’était quoi le grunge ?
Bonne question. Au départ, c’est un style de musique venu de Seattle, fin 80-début 90’s. Un look (voir descriptif au-dessus). Un son, aussi : grosses guitares saturées, un mélange à peu près égal de punk et de hard rock, pour simplifier. Et bien sûr une attitude rebelle et d’anti-star. Fini les permanentes à la Bon Jovi, les concerts ultra-chorégraphiés, les clips à 10 millions de dollars.
Quatre groupes constituent alors le « Big Four » de la cité du Nord-Ouest : Nirvana, Soundgarden, Alice In Chains et Pearl Jam. Et 1991 est l’année où le monde entier découvrira ces hommes des bois. Si le Nevermind de la bande à Cobain reste le disque ultime du grunge, celui qui propulsera le rock alternatif dans les charts, le rendant donc beaucoup moins alternatif, c’est bien le Ten de Pearl Jam qui enfoncera le clou, dépassant même en chiffres de vente de Nevermind dès 1993.
Ca c’est l’histoire. Mais 20 ans après comment ce disque alors si essentiel a pssé l’épreuve du temps ? Eh bien pas si mal. D’abord, première précaution : préférez l’édition remasterisée parue en 2009 si l’abus de réverb’ de la version 1991 (surtout sur la batterie) vous énèreve autant que moi.
On comprend vite pourquoi Pearl Jam eut un tel succès : on est face à une énorme machine à faire du rock. Les influences punk, plus présentes chez Nirvana, sont chez Pearl Jam plus dans l’attitude du groupe que dans sa musique, qui est une sorte de hard rock épique, fortement influencé par les années 60-70 (n’oublions pas que Hendrix était aussi de Seattle) mais sans aucune trace de blues. Le disque est une impressionnante suite de morceaux très construits, punchy et mélodiques, un flot régulier (Even Flow) et homogène. Les guitares omniprésentes et la section rythmique sans faille font mouche. Et puis il ya la présence vocale d’Eddie Vedder, un des chanteurs les plus marquants des années 90. Belle gueule (sauf qu’il ressemble un peu à Bernard Lavilliers, voir le clip plus bas), charisme indéniable, et textes impressionnistes et très personnels . Beaucoup de maux de la société américaine y passent : les sans abris d’Even Flow, le drame pré-Colombine de Jeremy, l’inceste à peine voilé d’Alive. Gus Van Sant, le voisin de l’Oregon, n’est pas bien loin. Bon bien sûr il faut aimer cette débauche sans retenue, qui tend parfois à l’auto-caricature sur les deux derniers morceaux (surtout Deep). Mais il y a dans ce disque des chansons inoubliables, souvent d’ailleurs les plus connues (Alive, Jeremy). Ce groupe finalement n’a de grunge que le nom (et la ville d’adoption) et constitue un entre-deux idéal entre Nirvana et Guns n’Roses par exemple. Moins dark que les premiers, moins kitsch que les seconds. Mais 20 ans après, on pense aussi beaucoup à U2 : son épique, chanteur charismatique, musique taillée pour la scène. D’ailleurs le bassite et cofondateur Jeff Ament a avoué que ce disque était « un prétexte pour partir en tournée ».
Les intégristes du rock alternatif, Kurt Cobain en tête, ne manquèrent pas de fustiger Pearl Jam, les traitant de carriéristes mercantiles, leur reprochant leurs soli de guitare (horreur absolue pour tout indie fan qui se respecte) et leurs morceaux trop mainstream. Très affectés, les membres du groupe se sont depuis appliqués à détruire cette image trop lisse avec des albums moins produits et une attitude sans compromis vis-à-vis de l’industrie musicale. Mais ça, c’est après 1991, c’est donc une autre histoire.
PS : Ten, c’est tout simplement le numéro porté par Mookie Blaylock, basketteur préféré et nom de départ de Pearl Jam.
Sur le sens de Pearl Jam, Vedder avait prétendu que sa grand-mère indienne nommée Pearl leur préparait des confitures hallucinogènes, avant d’avouer que c’était une intox destinée aux journalistes..