A l'heure où Berlusconi revient au pouvoir pour la troisième fois, il n'est pas totalement inutile ni vain de lire un roman qui épingle avec talent la justice italienne.
Guido Guerrieri, avocat à Bari n’est pas au meilleur de sa forme, tant sur le plan du travail ("Il y a quelques années, mon métier me plaisait assez. Aujourd’hui, il me donnait vaguement la nausée"), que sentimental - sa femme l’a quitté - ou amical - si tant est qu’il lui reste des amis.
Son médecin tente de le traiter de sa déprime, mais avec un patient qui jette les médicaments et refuse d’aller voir un psy, ce n’est pas facile. On pourraît croire à un vieil homme au bout du rouleau, mais Guerrieri n’a même pas quarante ans !
Sa vie va changer avec une étrange affaire : un Africain, que tout accable, accusé d’avoir tué un jeune garçon. "Je lisais et fumais, et ce que je lisais ne me plaisait pas du tout. Abdu Thiam était dans de sales draps. La situation était encore plus grave que ce qu’il m’avait semblé à la lecture de l’ordonnance de placement sous dépôt. Ça ressemblait à un de ces procès sans issue, quand aller jusqu’à la phase des débats se résume à un massacre inutile."
Gianrico Carofiglio, lui-même magistrat, frappe un grand coup pour son premier roman. Loin du simple récit de procédure, l’auteur nous embarque au gré des humeurs de son protagoniste principal, à des réflexions sur la vie, le couple, les rencontres… le tout avec une véritable finesse d’analyse.
C’est robuste (la vision de la justice italienne est parfois effarante) et subtil. Une très bonne découverte.
Christophe Dupuis
© Etat-critique.com - 20/04/2008