Adapter un roman de Virginie Despentes, l’auteur de Baise-moi, pour en faire une comédie familiale tient de l’audace diront certains. On en retiendra une histoire sympathique sur la quête initiatique d’un père improbable, néanmoins trop gentille pour être honnête.
La vie de rocker has been n’a rien d’une sinécure. De squats en concerts minables, le mythe de l’homme libre et de sa guitare en prend un coup. Mais l’idéologie reste intacte même si elle ne semble plus prendre prise dans un siècle qui voit l’homme se vautrer dans la consommation de masse. Alors dépité le musicien se réfugie dans l’oisiveté et la contemplation (pour ne pas dire le chômage de longue durée).
Après une énième aventure sans lendemain, Bruno, chanteur des Parkinson (on aurait plus pensé à Alzheimer après la prestation mais passons), se voit affublé du jour au lendemain d’une fille de treize ans, Nancy. Le choc est rude pour quelqu’un qui met un point d’honneur à ne pas avoir d’attaches. Toutefois, la fibre paternelle finit par se développer et c’est à deux qu’ils franchiront le cap de la crise d’adolescence.
Difficile de ne pas avoir un sentiment mitigé devant une comédie aux petits accents trash noyés dans une guimauve qui n’est heureusement pas trop indigeste. Vincent Elbaz force le trait du chanteur engagé et désabusé jusqu’à le rendre insupportable. Daisy Broom, sans expérience du cinéma, apporte ce qu’il faut de spontanéité au personnage de l’adolescente type loin du rôle de composition.
Seuls souffles de fraîcheur comique, Léa Drucker en mère alcoolique au bout du rouleau et Elodie Bouchez en journaliste junkie donnent un peu d’intérêt à une intrigue mollassonne. Pour une première réalisation, on ne retiendra pas grand-chose d’Olivier de Plas si ce n’est qu’il n’a pas trouvé ici de substance pour mettre en avant son talent.
Car on ne peut pas nier que le long-métrage soit cohérent et dynamique. On sent également une maîtrise de la photographie qui ne rend finalement pas service au film dans la mesure où cette dernière passe relativement inaperçue.
En se cantonnant à la caricature du conflit générationnel (le « tube » de Bruno en parle, justement), cette comédie sur la famille reste malencontreusement familiale. C’est peut-être en évitant de le traiter dramatiquement que le sujet stagne dans la banalité. Alors, à moins de tenir en horreur le bon sentiment et les histoires qui finissent bien, Tel père, telle fille ne peut faire de mal. Mais c’est quand même un peu court.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 03/08/2007