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Vendredi 25 Mai 2012Cinéma

 Teeth

Teeth

Mitchell LICHTENSTEIN

Avec Jess Weixler, Hale Appleman, Josh Pais et John Hensley TFM - 7 mai 2008 - 1h37

Et ta critique ?




Entre faux film d’horreur et vrai témoignage sur le malaise adolescent, Teeth se révèle intéressant à plus d’un titre même si des maladresses de réalisation donnent une forte impression d’approximation.


Deux immenses réacteurs nucléaires dominent une petite banlieue américaine semblable à toutes les autres. C’est dans l’un des pavillons uniformes que la caméra pose son regard sur une famille recomposée. Une fillette joue avec son demi-frère dans la piscine. Rien d’original, si ce n’est que la gamine va découvrir que son anatomie est d’un genre un peu particulier.

Quelques années plus tard, elle arbore une alliance en plastique, symbole de sa virginité, et tente de convertir les jeunes générations à l’abstinence avant le mariage. Si la méthode peut surprendre, il faut savoir qu’elle est réellement en vogue dans une Amérique qui retourne vers ses valeurs puritaines. Britney Spears en était même une fervente défenseuse. C’est dire si moralité et hypocrisie font bon ménage.

Mais le destin de notre jeune lobbyiste va être bouleversé quand elle subira le viol d’un garçon qui n’a pas vraiment saisi la portée de son message. C’est avec horreur qu’elle va découvrir que son vagin se révèle être une arme de dissuasion massive grâce à une rangée de crocs acérés prêts à déchiqueter tout corps étranger qui oserait s’y aventurer.

C’est à partir d’une légende ancienne (vagina dentata) que se base le récit. Pourtant, malgré un semblant de justification sur les anomalies génétiques, autant se rendre à l’évidence : il ne s’agit que d’un symbole. Soit, mais malheureusement, les thèmes abordés sont si nombreux (découverte de la féminité, conditionnement de la religion, tabou du sexe, nature perverse de l’homme…) qu’il est difficile de trouver une morale ou un sens à ce long-métrage.

Alors que la progression psychologique de l’héroïne est plutôt bien retranscrite, la conclusion extrêmement cynique a de quoi perturber. Sans chercher à tout prix de fin heureuse, le choix opéré par le réalisateur ressemble à un acte manqué tant le militantisme apparent de la dernière scène sonne faux.

Si l’exploration de la période anxiogène qu’est l’adolescence pouvait donner lieu à une réflexion intéressante sur le rapport à la sexualité, on se retrouve avec une comédie potache et gore ou la peinture explicite des multiples castrations restreint tellement le public qu’on se demande s’il y a encore un message à faire passer.

Ce qui se révèle être un véritable gâchis face à l’antagonisme traité avec justesse entre le demi-frère et l’objet de son désir incestueux. Les fantasmes de ces deux êtres qui les définissent, mais qui vont irrémédiablement les mener à leur perte respective constituaient un élément fort du récit. Dommage qu’il se noie au milieu de considérations narratives superficielles.

Grevé par un démarrage lent, un propos qui s’égare constamment et une mise en scène minimaliste, Teeth déçoit. Avec un bon concept et des interprètes talentueux, il aurait dû mieux faire. L’aspect transgressif est essentiellement visuel et l’ensemble manque de vitriol et de mordant, ce qui est un comble.


Vincent Valat

© Etat-critique.com - 09/05/2008