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Vendredi 25 Mai 2012Art-scène

 Teen Spirit

Teen Spirit

Arts FACTORY

Jusqu'au 8 octobre Espace Beaurepaire, 28 rue Beaurepaire Paris 10ème

Et ta critique ?




LE JOUR Où… J’AI RÉUSSI À VOIR L’EXPO TEEN SPIRIT MAIS PAS À ME COUPER LES CHEVEUX !


Récemment je suis allée déjeuner chez mon amie Lila à Belleville. On est bien, il fait beau et on distingue de son appart les terrasses fleuries des voisins former des rizières citadines.

Avec cette amie, nous avons l’habitude d’explorer les galeries d’art contemporain depuis que nous nous sommes rencontrées à la fac d’arts plastiques. Mais en ce lundi, nous n’avons que peu de choix car les galeries le lundi, c’est comme les coiffeurs : résolument FERMÉ.

On a bien pensé au Plateau, l’espace d’exposition du Frac Ile-de-France situé non loin des Buttes-Chaumont, mais rien à faire, ça n’ouvre pas avant mercredi. Bien sûr, on pourrait aller à Beaubourg voir l’expo Munch mais le temps manque.

C’est alors que je me souviens d’une expo prometteuse à l’espace Beaurepaire dans le Xème, ouvert le lundi, consacré à l’adolescence, période à la mode depuis les films de Larry Clark et de Gus Van Sant.

Contentes d’avoir trouvé un but à notre balade, nous descendons la rue de Belleville d’un pas sportif et je me dis que je ferais bien de ralentir la clope si je ne veux pas attraper un point de côté à tout bout de champ.

Tandis que nous poursuivons notre descente tout schuss, une jeune fille nous dépasse, longues jambes fines surmontées d’une jupe crayon caramel, blouse évanescente et chignon tirée, attirant les regards des passants.

Je me dis alors qu’on a de la chance, qu’il fait beau et que ça rattrape l’hiver de juillet et tout en marchant je me mets à rêver sur la destination de cette fille pressée.

Un rendez-vous professionnel ? Des amis à rejoindre aussi grands et élégants qu’elle ?

Oui parce qu’elle est vraiment grande, faut dire aussi qu’elle porte des talons, contrairement à moi, ce qui désespère toujours ma mère qui y voit l’affirmation sourde mais néanmoins démonstrative de mon identité lesbienne.

Le temps de songer qu’après tout je pourrais très bien trouver des bottines un peu rock qui me fassent gagner quelques centimètres, Lila s’exclame devant une vitrine bariolée : « Ca y est, on y est ! »

L’espace de la galerie est spacieux, et chose rare et positive, les organisateurs de l’expo nous accueillent avec un sonore et tonitruant « Bonjour ! »

Je m’apprête à me jeter sur le coin librairie formé de piles multicolores de livres illustrés qui me font saliver comme s’il s’agissait de bonbons gigantesques, quand je m’aperçois que Lila a commencé la visite sans moi.

Je réfrène donc mon amour tactile des livres et m’empresse d’aller voir ce qui se cache derrière l’intitulé nir-vanesque de l’expo : Teen Spirit.

Hé bien, je ne me souvenais pas que l’adolescence était si glauque !

Lila me rassure en me confiant que pour elle non plus les années collège et lycée n’avaient pas été synonymes de tentatives de suicide par pendaison ni de scarifications.

Or les œuvres graphiques rassemblées par le collectif Arts Factory ne font que grouiller de mutations génétiques en tous genre, de monstres visqueux, d’organes génitaux déformés pour refléter le mal - être adolescent.

On peut trouver de l’intérêt aux œuvres abouties de Charles Burns, remarquable auteur de romans graphiques, ou aux dessins maladroits de Daniel Johnston, grand musicien marginal adulé par Kurt Cobain himself, ou encore aux planches très séduisantes à la fois pop et faussement naïves de Nine Antico.

Mais alors quelle tristesse et lassitude pour le reste ! On a l’impression de déambuler dans une vaste caricature de faux ados mais vrais adultes qui se prendraient au sérieux.

Au fur et à mesure de la visite, le silence entre mon amie et moi devient de plus en plus lourd. Je sens poindre en elle une once de reproche de l’avoir conduite ici alors que dehors la vie semble sinon douce du moins possible, quand tout à coup mon regard se fige sur une forme au ton caramel.

Juchée sur ses talons, le nez sur les dessins de Nine Antico, c’est ELLE!

La fille à la jupe caramel est là, juste à côté de moi ! Lissant des mèches récalcitrantes qui s’échappent de son chignon, elle se met à scruter les bulles de BD ne voulant perdre aucun détail.

Tout à l’heure elle était donc pressée de se rendre à une expo vers laquelle moi aussi je me dirigeais !

Tout en feuilletant un livre d’un air distrait, je me mords la lèvre, songeuse, un petit pincement au cœur qui me rappelle étrangement... un émoi adolescent!


Aurélie Romanacce

© Etat-critique.com - 02/10/2011