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Vendredi 25 Mai 2012Art-scène

 Tchévengour

Tchévengour

Andreï PLATONOV et Lev DODINE

25 et 26 Novembre 2009 MC 93 1 boulevard Lénine 93000 Bobigny

Et ta critique ?




 

Comment rêver sur scène?

 

C’est la question de l’homme qui est traitée à Tchévengour. L’homme et son rapport au monde, son point de parallélisme à tout. Au monde, à la société, au groupe, à la mort.

 

 Les vagabonds, les clodos de Tchevengour, petit village de Russie, sont une meute de loups solitaires, abîmés et pourris par la vie, ayant chacun leur histoire à raconter. Et c’est grâce à cette meute qu’ils rêvent, qu’ils peuvent rêver. Ils parlent des étoiles, de comment exterminer les gens qui les entourent, ceux qui les rejettent, comment faire revivre Rosa Luxembourg, comment imposer le Communisme, comment faire que le Soleil brûle, comment ne plus se fatiguer, comment ne plus travailler.

On ne sait pas si tout cela n’est que rêve. On ne sait aucunement si tout cela n’est que théorie.

 

Et c’est cela qui est beau.

 

Une très belle référence aux hommes dans les œuvres d’Ibsen : L’Homme (ici au sens d’être humain)  au sein de sa théorie, qui exprime à voix haute ses pensées. C’est l’Homme qui pense, décrète, mais n’applique probablement pas. Ou alors pas grand chose.

 

Lev Dodine, venu pour fêter ses 25 ans de répertoire en France (d’ailleurs, très applaudi à la fin), nous présente une très belle pléiade d’acteurs, avec de vraies gueules-cassées. Un théâtre assez naturaliste dans le jeu. De très belles voix, un vrai chœur antique, au masculin. Les hommes deviennent des pleureuses.

 

De très belles images, de très belles sonorités de couleur (ce qui ne veux absolument rien dire, mais c’est tout de même très beau, et puis on se comprend.)

 

Une très belle scénographie : un mur d’ombres chinoises et de fer, ressemblant au barrage du monde, à la coupure de cette meute et de la société, une coupure entre les laissés pour compte et les autres, les riches, ceux qui ont le pouvoir. Un mur qui tombe, se redresse, redescend, au fur et à mesure des rêves. Cela pourrait se passer dans les égouts, ou sur les Quais de la Seine. Sous un pont où il n’y a qu’un mur pour s’appuyer et se réconforter, et un tout petit espace pour marcher et s’asseoir.

 

Ils rêvent  pour s’éviter d’endurer une vie qu’ils n’ont en aucun cas choisie. I love my dreams but I hate my life, comme on disait...Evidement ce sont les Chimères qui les tuent, tous. Leurs idées sont comme des pierres qui les font couler dans l’eau vaseuse. Ils sont la meute des loups, des vieux rois abandonnés, n’ayant plus que des rêves, comme des barreaux sur lesquels se raccrocher.

 

http://www.mc93.com/public/accueil.htm

 


Catherine Sibylle

© Etat-critique.com - 08/12/2009