Au cinéma, c’est peut être la voiture la plus identifiable : le taxi new-yorkais. Jaune avec sa bande en damier, le yellow cab fait parti de l’imagerie américaine. Avec Martin Scorsese, il sera marqué de toutes les angoisses de cette nation avec Taxi driver.
Travis Bickle est chauffeur de taxi. Insomniaque, cet ancien du Vietnam prend son service la nuit. De son taxi, il observe New York et ses noctambules, souvent inquiétants. Il fait néanmoins de belles rencontres comme une petite prostituée de 12 ans et demi et une jeune femme, Betsy, effrayée tout de même par cet homme de plus en plus névrosé…
Le film est connu. La prestation de Robert de Niro déborde d’un génie rare. Quelques scènes hantent le cinéma mondial. Martin Scorsese livrera même une version médicale de son chef d’œuvre avec A tombeau ouvert, avec Nicolas Cage.
Pourtant Taxi driver reste une claque à chaque vision. Rarement un film aura capté la misère et la détresse d’une époque. Scorsese, obsédé par la religion, n’en finit pas de scruter la culpabilité, la violence et la rédemption. Ici, tout n’est que douleur, haine et incompréhension.
New yorkais jusqu’à la pointe de sa barbe, Martin Scorsese donne à la ville l’image d’un enfer urbain qui collera longtemps à Big Apple. Misère sociale, violences gratuites, sexualités déviantes, le paysage est sombre et fait sombrer cette âme esseulée et meurtrie de Travis Bickle.
Confronté au pire, le héros scorsesien nous en fait voir de toutes les couleurs et Taxi driver reste la descente aux enfers la plus rude. Mais aussi la plus fascinante. A travers sa vision catholique de l’Amérique, Scorsese exprime au mieux les étrangetés de son pays, sa grandeur et sa décadence, sa beauté et sa violence.
Si la voiture représente souvent la liberté sous toutes ses formes mais aussi la conquête du territoire, le petit taxi jaune devient presque le dernier endroit où l’on peut se protéger, et encore, il faut accompagner un fou de plus en plus instable. Scorsese fait du taxi le symbole de l’aliénation.
Ce refus du romantisme, le réalisme du chaos et cette recherche de rédemption sont quelques uns des éléments qui font de Taxi driver une œuvre forte et dérangeante à chaque vision. Ce film regorge de bizarreries. Le scénario ou la réalisation s’attardent sur des détails tordus. Le goût du réel se mélange avec la virtuosité de la mise en scène. Taxi driver est un cauchemar éveillé dans lequel on aime replonger !
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 25/08/2007