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Dimanche 05 Février 2012Art-scène

 Tarzan !

Tarzan !

Roger BOULAY et Musée QUAI BRANLY

16 juin - 27 septembre 2009 musée du quai Branly 37, quai Branly 75007 – Paris Tél : 01 56 61 70 00

Les commentaires

unclecreepy

Le 09/09/2009

Et voilà encore une exposition que nous ne verrons jamais à Marseille !!! A croire que chez nous, la mentalité des "conservateurs" (de musée)en sont resté à ce que tu nous livre en préambule. Très juste d'ailleurs ton préambule. Mon pseudo te prouve s'il le fallait, que j'ai fait parti moi aussi des "attardés" de fond de classe, amoureux de la "Jane" de Tarzan ou des pouvoirs de "Galactus"... A quand une grande expo sur l'univers des personnages de "Marvel", à l'heure ou Disney s'en paie une bonne tranche ? A suivre...

Et ta critique ?




 

 

TARZAN des Singes au Quai Branly

 

 

 

 

 

Mes amis, réjouissons-nous ! Nous avons cessé d'être des cancres, de ces attardés du fond de la classe consommateurs de sous culture en forme de romans immatures (Science fiction, fantastique, etc), de bandes dessinées (comble de crétinisme infantile pour nos enseignants de jadis) et de Clint Eastwood, alors largement spaghettisé et stigmatisé comme néo-fasciste tendance "honneur de la police". Clint est aujourd'hui à la Cinémathèque avec les spaghettis de Sergio que je goûte toujours autant qu'en ma folle jeunesse, mais, à présent, avec les félicitations du jury. La bande dessinée est devenue un art majeur qui s'expose aux musées et justifie qu'on en bâtisse spécialement pour elle. Quant à la littérature de l'imaginaire, elle est reconnue autant qu'abondamment analysée comme visionnaire... Il est vrai qu'entre temps 68 a mis l'imagination au pouvoir, enfin, c'est ce qui se dit... Cependant, revers de la médaille, nos plaisirs à nous, nos vils plaisirs secrets, pour ne pas dire ésotériques, d'autant plus vifs qu'ils étaient imperméables aux béotiens et représentaient encore un vaste territoire où divaguer librement, se sont trouvés annexés par les professionnels de la Culture, sourire en coin et distanciation de rigueur, qui découvrent, avec un retard qui en dit long, les vertus de NOS passions sous le travestissement de leur pâle expertise (terme plébiscité de nos jour pour doctement désigner l'activité mono-maniaque d'un spécialiste, évidement éminent, promotionné par les médias pour nous régaler de sottises qui seront d'ailleurs contredites, sans honte, le lendemain par un autre, tiré du même tonneau par les mêmes médias toujours bien intentionnés).

 

Longue introduction n'est-ce pas ? Je me suis fait plaisir...Tout ceci pour vous dire que TARZAN est, lui aussi, au musée. Tout arrive. De lianes en lianes, le voici posé au musée des Arts Premiers, quai Branly jusqu'au 27 septembre prochain. TARZAN est l'exemple type de ce que j'évoquais plus haut : héros d'un cycle romanesque de basse extraction, peu recommandable pour la "gens cogitant" qui lui préférait le petit Mowgli de Kipling, un prix Nobel. Héros vite adapté en bandes dessinées comme au cinéma (qui saura en faire une espèce de grand benêt ayant tout oublié, c'est peu dire, de sa condition de lord anglais). Enfin, TARZAN cumulait ainsi toutes les objections à son élection à la Culture. C'est maintenant chose faite, et, soyons franc, bien faite. Cette exposition qui lui est consacrée est un bonheur ! Vivante, ludique, elle n'occulte aucun aspect du personnage. A la fois sauvage et noble, dans une nature finalement qui ne l'est pas moins et qu'il s'emploie à défendre énergiquement contre les menées d'explorateurs veules, avides des richesses qu'elle renferme. C'est aussi le chevalier aventureux de la tradition médiévale répondant toujours à l'appel de sa curiosité où d'une cause à poursuivre. C'est encore le dieu vivant de la forêt, qui règne sur les animaux comme sur les hommes qui vivent là, ces hommes noirs à la fois semblables à lui et si différents croit-il. Toutes les facettes de cette saga de l'homme singe sont explorées. Positives, avec l'idée d'une nature généreuse à préserver, avec laquelle l'homme doit vivre en harmonie. La liberté comme absolu. Message Rousseauïste auquel la sensibilité écologique qui se développe dans nos société répond. Négative avec certains relents de colonialisme, de considérations aberrantes sur la race et sur l'image de la femme. N'oublions pas que Burrough était un écrivain de son temps. Un point passe un peu inaperçu toutefois, c'est l'idée véhiculée par la figure de TARZAN de l'existence d'une nature humaine qui agirait de telle sorte qu'élevé depuis le premier âge par les singes, il finirait toujours par se découvrir inéluctablement, instinctivement, humain et à développer des facultés supposées être notre apanage. Or nous savons bien qu'il n'en est rien. Il n'existe pas de nature humaine comme l'ont montré, notamment, les travaux de Lucien Malson sur les enfants sauvages.

 

Le dispositif de l'exposition convoque de nombreux supports: vidéo, iconographie, objets multiples composant un décors fabuleux. Les superbes planches des dessinateurs qui ont illustré les aventures de TARZAN sont mises en évidence, au premier rang desquelles celles de Burne Hogarth qui fut surnommé, fort justement, le Michel-Ange de la bande dessinée. TARZAN est un mythe foisonnant, contradictoire. Il est au cœur d'une tension originelle entre la bête et l'homme, les deux cohabitant violemment dans chacun de nos actes. Pensons à Walter Benjamin qui écrivait: "il n'existe pas un signe de civilisation qui ne soit, en même temps, signe de barbarie". Et suivons Claude Nougaro en sa Locomotive d'Or: "Je reluquais le rail assis sur ma valoche / Et l'horloge vaquait dans l'espace vaquant / Le silence avouait quelque chose qui cloche / Quand soudain j'entendis la clameur de TARZAN ! / Quand soudain j'entendis un autre son de cloche !". Oui, Cher Claude, la cloche de l'Ailleurs, le glas du Paradis Perdu. Dès lors, il ne reste plus à l'aristocrate, au Seigneur, à la fois moqué et jalousé par le bourgeois, qu'à régner sur des singes, dans la jungle inextricable de nos obscurs désirs.

 

http://www.quaibranly.fr/fr/programmation/expositions/a-l-affiche/tarzan/index.html

 

 


Gilbert Provaux

© Etat-critique.com - 26/07/2009