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Vendredi 25 Mai 2012Musique

 THIRD

THIRD

The PORTISHEAD

(Mercury/Island, 2008)

Et ta critique ?




Pour son grand retour, Portishead abandonne le délicat travail dance-pop d’autrefois pour une musique plus expérimentale et souvent dépressive, mais finalement moins originale même si l’ensemble reste musicalement de haut vol.


Cela faisait tout de même dix ans. Ayant eu l’excellente idée de se taire au sommet de leur gloire plutôt que de voir retomber le soufflé, les Portishead ont enfin remis ça.

Ultra-annoncé, donc ultra-attendu ,voici donc enfin Third, sur lequel nos trois amis de Bristol travaillaient déjà depuis 2005.

 Plusieurs constats s’imposent d’emblée : les deux musiciens d’exception que sont Geoff Barrow (machines) et Adrian Utley (guitares) s’y entendent toujours aussi bien pour créer des ambiances musicales uniques en leur genre, longues et envoûtantes constructions instrumentales souvent interrompues par l’irruption de la voix de Beth Gibbons.

Cette formule-là n’a pas vraiment changé, mais c’est plutôt la direction musicale prise sur cet album qui surprend. Les sonorités chaudes, souvent soul, les samples de musiques de films d’espionnage sixties de Dummy laissent la place à un son beaucoup plus froid, industriel, inspiré par le Velvet Underground ou le krautrock. Les morceaux sont d’avantage construits autour des rythmes et des ambiances que des mélodies. Ce qui faisait la force du Portishead des années 1990, c’était sans doute le pont qu’ils avaient su jeter entre la dance eléctronique et le rock alternatif, tout en gagnant l’estime du grand public avec des morceaux comme Glory Box.

En 2008, leur musique est beaucoup plus radicale, plus expérimentale, et se rapproche désormais beaucoup plus du rock indépendant, ce qui risque de leur faire perdre une partie de leur audience. Le côté obscur a envahi le reste, et on peut regretter la rupture de cet équilibre délicat, même si leur musique, dans son genre, reste très belle par instants.

Et ce n’est pas Beth Gibbons qui risque d’inverser cette tendance : sa voix est encore plus fragile et écorchée qu’autrefois et ses textes expriment de manière répétée l’apitoiement sur soi-même, la claustrophobie et la dépression. Entendre cette belle femme de plus de 40 ans s’apitoyer sur elle-même morceau après morceau comme une adolescente perdue finit par quelque peu plomber l’écoute…

Même s’ils savent encore surprendre, les Portishead, en adoptant ce ton sombre, ne sont plus les leaders de tendance qu’ils étaient autrefois. Leur musique perd en originalité et les rapproche désormais de groupes comme Radiohead, qui après tout occupe un créneau qui n’est plus du tout éloigné du leur.

Machine Gun :



(Excuse-moi Nicolas, je ne peux m'empêcher d'insérer Roads... S. M.)




Nicolas Lejeune

© Etat-critique.com - 27/05/2008