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Vendredi 25 Mai 2012Art-scène

 Système et Passion

Système et Passion

Helene SCHMITZ

Jusqu’au 28 octobre - Centre Culturel Suédois - 11, rue Payenne - 75003 Paris -

Et ta critique ?




La passion fait système au Centre culturel suédois. Elle prend la forme de clichés photographiques. Elle s’ordonne et se décline en vingt-quatre stations correspondant aux vingt-quatre classes établies par le célèbre naturaliste Carl von Linné.


En découpe sur fond noir, les fleurs photographiées par Helene Schmitz inscrivent les lignes franches et nettes de leur structure et agencement : éventail de pétales, déploiement de corolle, élancements de tiges et pistils. Saisies en plan rapproché, elles étalent velouté et piquant, toute une variété de textures et nervures. Nimbées de lumière, elles déploient une somptuosité de coloris qui n’ont rien à envier à la palette du peintre. La macrophotographie et le tirage en grand format suppléent aux limites de nos organes de vision, nous rapprochant un peu plus du cœur des choses.

On pourrait s’arrêter là, et souligner l’acuité visuelle de ces photographies soutenue par l’usage systématique du fond noir. Mais au-delà de ses partis pris esthétiques, le travail d’Helene Schmitz répond à un projet scientifique. Il illustre le système de classification des plantes mis au point par Carl von Linné dans le premier tiers du XIIIe siècle.

En 1735, paraît  une des œuvres majeures du naturaliste, le Systema naturae. Dans cet ouvrage, il répartit le règne végétal en vingt-quatre classes selon le principe de leur organisation sexuelle. Le choix de ce critère de classement bouleverse quelque peu les mœurs de l’époque. Aussi le naturaliste use de métaphores pour décrire la sexualité des plantes. Et la description scientifique devient histoire d’épousailles. Ainsi, la légende photographique du magnolia étoilé retenu pour la classe XIII (ou polyandria) fait état de « maris issus de plus de deux mères ». La passion n’est pas loin, et Linné s’est parfois vu qualifier de « voyeur de la nature ».

Si la photographe suédoise avait déjà exercé son regard au règne végétal avec le livre Blow upparu en 2003, c’est après cette publication, qu’elle s’intéresse de près aux textes du naturaliste. Elle est fascinée par son obsession à vouloir créer un système de classification embrassant l’ensemble de la création.  Aidée dans ses choix par une botaniste, elle s’inscrit dans les pas du savant, plaçant son objectif dans les visées du scientifique. Sous le signe de l’ordre et de la clarté chers à Linné, le chemin de passion proposé par Helene Schmitz se révèle à l’usage, une invite au calme et à la volupté.

Et pour ceux qui ne le connaîtraient pas, il donne l’occasion de découvrir le bel hôtel qui abrite le Centre culturel suédois dans le cadre de cet hommage à Carl von Linné.


Stéphanie Buttay

© Etat-critique.com - 18/09/2007