La passion fait système au Centre culturel suédois. Elle
prend la forme de clichés photographiques. Elle s’ordonne et se décline en
vingt-quatre stations correspondant aux vingt-quatre classes établies par le
célèbre naturaliste Carl von Linné.
En découpe sur fond
noir, les fleurs photographiées par Helene Schmitz inscrivent les lignes
franches et nettes de leur structure et agencement : éventail de pétales,
déploiement de corolle, élancements de tiges et pistils. Saisies en plan
rapproché, elles étalent velouté et piquant, toute une variété de textures et
nervures. Nimbées de lumière, elles déploient une somptuosité de coloris qui
n’ont rien à envier à la palette du peintre. La macrophotographie et le tirage
en grand format suppléent aux limites de nos organes de vision, nous
rapprochant un peu plus du cœur des choses.
On pourrait s’arrêter
là, et souligner l’acuité visuelle de ces photographies soutenue par l’usage
systématique du fond noir. Mais au-delà de ses partis pris esthétiques, le
travail d’Helene Schmitz répond à un projet scientifique. Il illustre le
système de classification des plantes mis au point par Carl von Linné dans le
premier tiers du XIIIe siècle.
En 1735, paraît une
des œuvres majeures du naturaliste, le Systema
naturae. Dans cet ouvrage, il répartit le règne végétal en vingt-quatre classes selon le principe de
leur organisation sexuelle. Le choix de ce critère de classement bouleverse
quelque peu les mœurs de l’époque. Aussi le naturaliste use de métaphores pour
décrire la sexualité des plantes. Et la description scientifique devient
histoire d’épousailles. Ainsi, la légende photographique du magnolia étoilé
retenu pour la classe XIII (ou polyandria)
fait état de « maris issus de plus de deux mères ». La passion
n’est pas loin, et Linné s’est parfois vu qualifier de « voyeur de la
nature ».
Si la photographe suédoise avait déjà exercé son regard au
règne végétal avec le livre Blow upparu en 2003, c’est après cette publication, qu’elle s’intéresse de près aux
textes du naturaliste. Elle est fascinée par son obsession à vouloir créer un
système de classification embrassant l’ensemble de la création. Aidée dans ses choix par une botaniste, elle
s’inscrit dans les pas du savant, plaçant son objectif dans les visées du
scientifique. Sous le signe de l’ordre et de la clarté chers à Linné, le chemin
de passion proposé par Helene Schmitz se révèle à l’usage, une invite au calme
et à la volupté.
Et pour ceux qui ne le connaîtraient pas, il donne l’occasion
de découvrir le bel hôtel qui abrite le Centre culturel suédois dans le cadre de cet hommage à Carl von Linné.
Stéphanie Buttay
© Etat-critique.com - 18/09/2007