C'est animé du souvenir du très beau et exalatant « Bamboo Blues » que l'on retrouve Pina Bausch à l'occasion du trentième anniversaire de sa collaboration avec le Théâtre de la Ville.
Le démarrage de Sweet Mambo nous rappelle furieusement le spectacle précédent: même musique, costumes similaires (longues robes de soirées) et même utilisation du voilage en fond de scène (un grand drap blanc a la d'un rideau de chambre d'hôtel doucement gonflé par les vents marins à l'aube).
Une impression peu agréable de déjà-vu qui ne met pas dans de bonnes dispositions.
La musique, faite d'accords de guitare répétitifs et de tam-tam doucereux, fait planer une ambiance à l'érotisme suranné et tiédasse (on a presque l'impression d'écouter Sade). L'évocation sexuelle est, aussi, présente dans la danse: les hommes apparaissent comme des êtres un peu bestiaux suivant des femmes ensorcelantes qui se refusent sèchement: « Va te doucher » !
Pina Bausch nous parle du couple, d'une sexualité où se jouent des rapports de force animale et où une sexualité forcenée est présenté de façon ironique, si ce n'est cynique, voire amère.
Les hommes sont hypnotisés par les femmes, ils sont leurs suivants dociles avant d'en faire leur marionnette consentante (joli moment où le danseur « porte » sa partenaire par les bretelles de sa robe). Ou de les faire courir en les tirant par les cheveux.
Pina Bausch semble désabusée et désillusionnée quant aux rapports homme-femme. Elle tient à partager ce sentiment de vanité désespérée mais ne semble malheureusement pas y parvenir avec la danse. La chorégraphe flirte donc avec Lloyd Newson en théâtralisant son ballet. Ça donne des choses parfois drôles mais globalement assez lourdes, comme cette pathétique imitation de De Niro par une danseuse qui court derrière un homme en criant: « I want to talk to you. You don't want to talk to me? Why you don't want to talk to me? I don't need to talk to you... ».
Fatiguante aussi, à la longue, Nazareth Panadero qui déboule régulièrement, grimée en travesti et dotée d'une voix rauque (à la tata Suzanne de SAV des Emissions d'Omar et Fred) pour hurler dans un micro ou pour nous gratifier de considérations philosophiques telles que « La vie, c'est comme rouler en vélo. Ou tu roules, ou tu tombes ».
Les danseuses ne cessent de répéter leur nom en nous disant: « ne l'oubliez pas ». Ce n'est certes pas leur danse qui nous les rendra inoubliables: aucune jambe ne se tend, aucun mouvement ne prend le temps d'être parfaitement achevé. On se contente trop souvent de traverser la scène en courant ou à quatre pattes et de multiplier (parfois à l'excès) des gestes simples au ralenti ou à l'accéléré. Sans compter la lourdeur désespérante de certains danseurs...
Malgré la multitude de soli, la danse n'est donc pas au rendez-vous... et c'est très frustrant !
Thibault Dablemont
© Etat-critique.com - 31/01/2009