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Vendredi 25 Mai 2012Livre

 Swap

Swap

Antony MOORE

Editions Liana Levi - 349 pages - Traduit de l'anglais par Jean Esch

Et ta critique ?




Si vous avez eu entre les mains la possibilité de devenir riche et si vous l’avez laissé filer, les déconvenues d’Harvey Briscow vous feront rire.


Antony Moore est le pseudonyme d’un psychiatre anglais ayant grandi en Cornouaille et dont Swap est le premier roman, traduit récemment en français et publié chez Liana Levi.

Swap fait un peu penser à un sketch des années 1950 de Raymond Devos où celui-ci trouvait une excuse à son absence de réussite sociale. Le sketch s’appelait Si on m’avait aidé. Si on l’avait aidé en effet, et si le nez de Cléopâtre avait été différent… On trouve toujours une bonne raison pour justifier les échecs qui nous sont arrivés et les chemins de traverse sur lesquels on a marché.

C’est un peu le cas d’Harvey Briscow qui reste fixé sur un souvenir de jeunesse durant lequel il a échangé une bande dessinée avec un gamin brimé sur qui tout le monde se défoulait. Il avait voulu être gentil avec le dit-gamin et lui avait donné une bande dessinée de Superman.

Or il se trouve que, de nos jours, cette bande dessinée vaut une fortune et si elle était en la possession d’Harvey, celui-ci pourrait toucher le gros lot. Cette bande dessinée pourrait être son passeport vers la sécurité. Il pourrait mener la grande vie.

Cela fait des années qu’il justifie la médiocrité de son existence par ce manque de bol initial : s’il n’avait pas donné cette foutue bande dessinée à ce raté que tout le monde surnommait Bleeder Odd (Bleeder pouvant être traduit par Saignant et Odd étant le nom du gamin mais signifiant aussi bizarre en anglais), à l’heure actuelle il ne serait plus directeur d’une petite boutique de bande dessinée à Londres mais il vivrait dans le luxe, le champagne et la soie.

Cette année-là, comme toutes les années, Harvey décide de revenir dans sa ville natale, assister à la fête des anciens du lycée. Quelle n’est pas sa surprise quand il voit débouler Bleeder Odd qu’il n’avait pas croisé depuis l’adolescence et qui est devenu, selon toute apparence, un homme d’affaires avisé.

Tel est le point de départ de ce roman qui jongle avec plusieurs genres : polar, conte satirique, récit initiatique. Harvey confronté au succès de Bleeder, brûle de lui demander s’il se souvient de la bande dessinée qu’il lui a filée, il y a plus de deux décennies de cela. Sans le savoir, Harvey met le doigt dans un engrenage qui l’amènera à être (presque) témoin d’un meurtre et à connaître une aventure (presque) charnelle.

Ce livre d’Antony Moore est assez étonnant puisqu’il peut être lu comme un polar, un de ces récits où le personnage principal s’enfonce dans un piège qui se referme sur lui. L’ironie ou si l’on préfère l’humour anglais, est également constant mais il n’empêche que certains passages sont profondément émouvants et apportent donc une dimension à laquelle on ne s’attendait pas.

On pourrait donc dire qu’il s’agit de la plus mineure des œuvres majeures ou bien de la plus majeure des œuvres mineures. On pourrait aussi ajouter qu’on passe un moment délicieux en lisant Swap. Cette lecture procure du plaisir, n’est-ce pas le plus important ?


Philippe Sendek

© Etat-critique.com - 07/03/2008