Comment est-ce possible …?
Comment est-ce possible …? Ô combien cette question tarauda devant de telles performances corporelles des danseurs hip hop réunis à Suresnes pour les 20 ans de son célèbre festival !
Le théâtre avait des vraies allures de lieu de fête ce soir-là ! Et pour cause ! Le Suresnes cités danse festival a 20 ans! Quel chemin parcouru… A l’origine de cette merveilleuse aventure, on ne peut manquer de saluer l’immense, passionnel et si sincère engagement du directeur du théâtre. Olivier Meyer a eu l’audace de donner la place dans sa programmation aux danses nées dans la rue, il a accompagné de manière complice et exigeante les artistes en leur donnant les moyens de travailler professionnellement, leur permettant ainsi d’approfondir leur art en provoquant la rencontre avec d’autres univers musicaux et chorégraphiques. Son mot d’introduction exprime son coup de cœur : « Tout au long de ces années, mon admiration et mon affection pour des danseurs issus des cités n’a fait que grandir à force de voir leur désir et leur plaisir de danser, la force de leur engagement, leur audace, leur volonté de progresser, leur talent d’improvisation s’appuyant sur une technique maîtrisée et codée, leur envie de participer à de nouvelles aventures artistiques et leur goût pour la liberté. En inscrivant le festival dans la durée, convaincu que toute forme d’art se désintéresse des catégories et des étiquettes, grâce à l’énergie et au talent des artistes, nous avons donné la possibilité aux différentes danses issues du hip hop d’être vues dans leurs diversités. » Le public a ainsi pu vibrer au rythme des reprises souvenirs de Cités danse variations et de nouvelles créations.
Danseurs et chorégraphes qui ont marqué l’histoire du festival et du hip hop ont répondu présents après y avoir été pour certains révélés : en première partie, les danseurs – dont Doug Elkins, Storm, B-Boy Junior, Amala Dianor, Fish, entre autres – coordonnés dans une première partie par le chorégraphe Sylvain Groud qui dira d’eux « avec la fraternité et la générosité qui ont présidé à l’aventure, tous ont joué le jeu avec simplicité et confiance, en pleine liberté! » Et ça se sent ! Puis dans la seconde partie un groupe de danseurs de Cités danse connexions et trente des chanteurs du jeune chœur de Paris ont interprété les pièces de grands noms de la danse urbaine, réunies par le chorégraphe José Montalvo. Il décrit pour sa part le festival comme « une Arche de Noé ouverte à des esthétiques différentes : urbaines, contemporaines et même néoclassiques ».
On garde particulièrement en tête un panorama historique de la danse hip hop sous forme d’exposé pédagogique mimé ! Des Etats Unis à la France, de ses racines à ses variantes, de son langage technique à ses aspects revendicatifs, tout y passe. La trame de fond demeure : « la rage, tout ce qui a besoin de sortir mais qu’on ne peut pas dire alors on le danse. »
C’était si bon alors de voir les univers dialoguer… : la Mélodie du bonheur dansée en baggy, La Lettre à Elise interprétée par un duo usant du smurf, du popping, du locking, du patin ou du pop-corn.
On sentit autant la musique hip hop nourrie des empreintes musicales multiples de soul, blues, funk, house, reggae, jazz… que la danse laissant parler les influences diverses et variées allant du classique au zouk en passant par le rock ou le tango ! Chacun sur scène a apporté un peu de ce qu’il était pour le partager. Joyeusement affranchis, on les admirait se déplacer dans des gestes ondulés, des pas saccadés, glissés ou bloqués emplis d’inventivité.
Et on réalisa enfin combien la danse hip hop était aussi au carrefour avec les arts du cirque tant certain danseurs se servaient de leur corps pour faire rire, surprendre, attendrir, avec un potentiel de clown, de mime, de contorsionniste (mention spéciale à B-Boy Junior palliant à la flexibilité de ses jambes en jouant de virtuosité toujours plus soufflante sur ses bras).
Tout comme une tranche de vie il y avait des moments en solo, des duos, des moments d’équipe. Tout comme devant un corps de ballet, on exulta de voir la synchronisation des mouvements à deux, cinq, dix. Les chorégraphes présents -Kader Attou, Sébastien Lefrançois, Mourad Merzouki- avaient marqué les esprits par leur inclination à casser les barrières pour aller à la rencontre d’autres artistes et d’autres techniques. Venus chacun avec leur univers artistique et musical, ils ont pu mêler leurs esthétiques.
Coup de chapeau à ceux qui ont fait de cette aventure artistique une histoire d’amour, de plaisir et d’invention…La salle a jubilé! La salle a applaudi! L’énergie fut transmise! Pour le hip hop, hip hip hip !
www.suresnescitesdanse.com
Estelle Grenon
© Etat-critique.com - 14/01/2012