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Vendredi 25 Mai 2012Art-scène

 Sur le concept du visage du fils de Dieu

Sur le concept du visage du fils de Dieu

Romeo CASTELLUCCI et Cie SOCIETAS RAFFAELLO SANZIO

du 2 au 6 novembre 2011 Au 104 – 75019 Paris Durée : 1H00

Et ta critique ?




 

Romeo Castellucci et la Cie Societas Raffaello Sanzio montrent dans leur nouveau spectacle un travail ancré dans notre présent mais aussi dans notre perpétuelle quête de transcendance.

 

 

 

Le fils de Dieu est représenté sur scène par une immense image du visage du Christ tirée du tableau de da Messina, le Cristo Salvator Mundi, « LeChrist, Sauveur du monde ». Le fils de Dieu apparait jeune et bienveillant, presque un homme quelconque. Devant cette toile, qui se trouve sur le fond du plateau, il y a la scène et ses acteurs ; plus loin, le public.

 

Le Sauveur voit tout et entend tout dans cet intérieur d'un appartement moderne et aseptisé où une histoire banale d'incontinence se déroule. Un homme aide son père, vieux et malade, dans ce supplice qu'il vit contre la perte de soi. Le vieil homme souille les meubles blancs et le sol de ses propres excréments. Il ne cesse de s'excuser et pleure silencieusement. Père et fils parlent à voix basse, d'une voix presque inaudible, que Castellucci décide de ne pas traduire.

 

Le public voit l'homme en train de nettoyer le vieux, ses fesses sales orientées vers les gradins du théâtre. Un premier manifestant catholique infiltré dans la salle essaie d'interrompre la pièce ; il se lève et crie « Vive le Christ ! » avant d'être embarqué par la sécurité. Les acteurs, armés d'une rigueur presque stoïque, ne s’interrompent pas.

 

Le fils se prépare alors pour partir enfin au travail et, à nouveau, le père incontinent se salit. Une nouvelle prise de parole du public s'ajoute à la représentation : des sifflets, des cris. La sécurité  intervient une seconde fois, le directeur du théâtre s'excuse, cite le code pénal, puis quitte la scène.

 

Les lumières retombent. Les spectateurs ont l'impression de vivre dans une mise en abîme.

 

Le jeune homme est patient et doux. Il caresse son père. Ces mouvements se figent un instant et les deux corps, donnant vers le Christ, ressemblent à de la peinture. Caravage, Géricault, Masaccio surgissent.

 

A l'énième incident physique, le fils perd son calme, ainsi que le vieux qui, en proie à la colère, dévaste son lit. Le jeune demeure alors sans force ni espoir devant l'inéluctable déclin du vieux, et devant sa misérable situation de fils devenu presque orphelin d'un père encore vivant.

 

Il se dirige alors vers la grande icône, en se penchant comme dans une prière, puis s'en va. Son père le suit, courbé par la fatigue. Le décor hyper-réaliste s'efface aussi.

 

L'image du Christ, pénétrante et piteuse, reste sur scène. Soudain, elle se transforme : de l'encre coule sur le visage sacré, qui dévient ineffable et se métamorphose en texte, en Verbe : les mots « You are my shepherd », « Tu es mon berger » envahissent la salle.

 

Le dispositif  toile-texte s'empare alors d'un terrible doute : la négation « You are not my shepherd » clôture le spectacle de la Societas Raffaello Sanzio.

 

Aborder l’incontinence et sa réalité scatologique peut certes être perçu comme un geste provocateur - Artaud en a fait l’expérience en son temps – mais Romeo Castellucci porte néanmoins sur scène un travail crucial. Paris étonne pour ses réactions de fanatisme devant une pièce profondément catholique où la souffrance est montrée féroce.

 

 

Chronique de la pièce ayant eu lieu au Théâtre de la Ville le 26 octobre 2011.

 

 

http://www.104.fr/  

 

http://www.theatredelaville-paris.com/

 

 

 

 

 


Elena Gui

© Etat-critique.com - 03/11/2011