Ame damnée d'Eminem, Royce da 5'9'' tente de se faire une part du gâteau. Si le succès n'est pas là, il laissera un excellent disque de rap âpre.
Tout récemment, le roi du white trash, Eminem sortait un album en duo avec le underground Royce da 5'9'', "The hell: the sequel". Un disque qui ressemblait beaucoup à une réconciliation entre les deux hommes de Détroit.
Pour la faire courte, le rappeur Royce a connu une histoire similaire à celle d'Eminem. Sans le succès mondial et tous les excès qui allaient avec ! Entendu dans le premier album du rappeur blanc, il est ensuite resté dans l'ombre et s'est sérieusement brouillé avec Eminem, trop content de faire connaître son groupe D12.
Finalement le petit monde d'Eminem a implosé. Le petit bonhomme s'est reconstruit et il a redécouvert le talent authentique de Royce da 5'9''. Son flow se nourrit des battles spectaculaires qui font la légende du Midwest rap. Le ton est accrocheur et particulièrement combattif.
41 minutes de rap tout terrain. Dans ce cinquième album, il y a des choses qui plairont aux radios (le sombre On the boulevard ou le clinquant Where my money) et des sons plus inquiétants et impressionnants (ER, Second Place). Réconcilié avec Slim Shady, Royce surfe sur ce même rap impulsif, conscient de ses racines (le funky Security) et débridé. Ses chroniques sont amères mais toujours théâtrales.
Evidemment, il semble avoir des rêves bling bling comme la plupart des rappeurs américains. Pourtant cet album est prenant du début à la fin. Il fait du gringue aux grandes ondes du Monde entier mais ne se trahit jamais. Le rappeur de Détroit possède une hargne qui fascine.
On entend à travers ses courtes chansons, plusieurs traces de la musique noire américaine. Il y a tous les tics emphatiques du rap "à la Eminem" (guitares rock, nappes synthétiques inquiétantes) mais le disque est très soul et emprunte pas mal au rap old school.
C'est une vraie réussite dans son genre. On souhaite à Royce tout le succès qui lui échappe depuis des années.