Avec Hiroshi Abe, Yoshio Harada et Kirin Kiki - Pyramide - 22 avril 2009 - 1h55
Et ta critique ?
Après le succès critique de Nobody Knows, Kore-Eda était attendu au tournant. Il revient avec une comédie douce-amère qui nous illustre la précarité du lien familial, même à l’autre bout du monde.
Yokohama ne partage avec Tokyo qu‘une relative proximité géographique qui l’a conduit à être considérée comme une banlieue riche de la capitale. Plus aérée et moins turbulente que sa voisine, les maisons traditionnelles nichées à flanc de collines épousent le paysage pour mieux s’y fondre. L’endroit rêvé pour fonder un foyer.
C’est du moins ce que pensait un médecin de famille en s’y installant avec sa femme. Mais, les années ayant passées, la vie n’a pas suivi le cours qu’il avait consciencieusement creusé. Sa première déception a pris la forme d’une tragédie quand le fils aîné (successeur attitré du " commerce " paternel) a brutalement été repris par les flots, livrant la clinique à une fin programmée face à la concurrence d’hôpitaux modernes et impersonnels.
Seconde désillusion, le cadet n’a jamais montré de dispositions pour la chose anatomique et a préféré la vie d’artiste, sans grand succès. Remarié à une veuve (une " femme d’occasion " dans un Japon où la modernité n’ose pas toucher à la cellule familiale), il tente d’élever le fils de cette dernière avec suffisamment d’antécédents personnels pour garantir une rente à un psychologue dans quelques années.
Sa sœur, enfin, ne soulève pas plus d’enthousiasme chez ses parents. Opportuniste, dotée d’une ambition sans volonté, mariée à une larve, elle convoite ouvertement la maison familiale en oubliant le reste. Il faut dire que le prix du mètre carré en agglomération tokyoïte est une excellente motivation.
A priori, il n’y a pas grand chose à espérer dans ces retrouvailles pour rendre hommage au frère défunt. Entre les vexations permanentes, l’hypocrisie qui hante chaque pièce et le refus du moindre compromis ou émotion apparente, le spectateur peut craindre de revivre les pires moments de ces repas de Noël que l’on connaît tous.
Pourtant, si la méchanceté manifeste parvient à faire rire, le point fort du film réside dans sa capacité à mettre en lumière une humanité réelle qui balaye tout le reste. Sans chercher à justifier les actions de ses personnages, le réalisateur arrive à créer de la poésie à partir de choses apparemment sans noblesse. On en ressort à la fois touché, meurtri et… envieux.
La précision documentaire de la photographie participe de beaucoup à l’atmosphère du long-métrage. Le public n’assiste pas au pugilat familial, il le ressent. Que ce soit par empathie ou par un long processus d’assimilation qui confère à l’adoption, l’alchimie fonctionne à merveille.
Mais il faut surtout insister sur l’incroyable justesse dans le jeu des acteurs : de la mère qui passe de son quotidien à une rêverie emprunte de nostalgie ainsi que de folie, au père qui a perdu toute autorité en maintenant l’illusion de sa propre utilité (dans la société ou bien même dans son foyer), en passant par la fratrie et les seconds rôles, rien n’est à jeter.
Sans être facile d’accès, le film n’en est pas totalement hermétique. L’universalité de la problématique familiale résonnera en chacun de ceux qui auront eu la chance (et le courage) d’assister à la projection de Still Walking, preuve que le cinéma japonais peut encore faire bonne figure dans une Asie qui devient de plus en plus le cœur du cinéma mondial.