Le portrait âpre d’une petite fille dans les années 70. Stella aborde les souffrances secrètes de l’enfance et décortique la fin de l’innocence. On est très loin des ambiances stéréotypées flower power.
Stella découvre son nouveau lycée. Dans le 16e arrondissement de Paris. Elle n’est pas habituée à ce milieu : ses parents tiennent un troquet dans un quartier populaire. Le père fume mollement sa cigarette tandis que la mère continue de séduire les hommes.
La vie de Stella n’est pas très drôle. Ca ne s’arrange pas avec des professeurs exigeants et sourds aux difficultés de la petite fille, déstabilisée par son entrée en sixième. Elle n’a pas d’amies et a bien du mal à s’ouvrir au monde extérieur.
Sylvie Verheyde filme sèchement ce combat intérieur d’une petite fille contre le reste du Monde. L’enfance se termine. Le monde des adultes s’invitent violemment dans son existence. Elle ne se laisse pas faire mais l’affrontement est bien entendu inégal.
La caméra scotche sur la petite fille, regard noir et attitude boudeuse. Les personnages semblent rebondir sur la jeune fille, qui tente d’être imperméable. La violence est sourde. Le quotidien se base des milliers de petites frustrations, au collège comme à la maison.
La maison est un repère de poîvrots, touchants ou inquiétants. Stella regarde des adultes s’effondrer doucement mais sûrement.
Le bar est un port de désespoir et de désillusions. La famille se décompose. Les flaques de ricard se mélangent aux larmes. Le constat est froid et la gamine fait preuve d’une grande lucidité. Ca fait un peu peur. On désespère. Quelques gestes de tendresse maintiennent quelques lueurs d’espoir et d’affection.
Sylvie Verheyde faisait déjà preuve de rugosité dans ses films précédents. Ici, elle étouffe le spectateur, accroché à sa petite héroïne, courageuse et déjà déçue. La chronique évite une trop grande délicatesse mais cache mal une certaine amertume, qui noie un peu toutes les qualités évidentes du film. Ca ressemble à un lendemain de fête, sans soleil et sans chaleur. Même les enfants ont la gueule de bois !
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 13/11/2008