Police au Stade de France vingt ans après la séparation du groupe. Profitant des dernières lueurs d'un été finissant, l'occasion était belle de vérifier l'efficacité des forces de l'ordre après 20 ans de silence...
Faut-il s'appesantir sur la vague revival qui submerge le mélomane depuis le début de ce nouveau siècle ? Faut-il observer, analyser, commenter les prestations musicales et scéniques de (presque) vieillards incapables de résister à l'appel du dollars et/ou de la gloire passée ?
Derniers en date à avoir succombé aux sirènes trompeuses de la splendeur retrouvée, le trio policier qui fit la loi dans les charts du monde entier au début des années 80 avant de s'égayer dans la nature pour des carrières solitaires (très solitaires même pour certains) plus ou moins remarquables.
Leur retour sur scène, médiatisé et stadisé à l'extrême, passait par Paris le week-end dernier. L'occasion pour 160 000 quadras d'accorder un éphémère droit de sortie à leur jeunesse depuis longtemps derrière les barreaux.
Las, la Police de l'ère sarkozyste (ou blairiste) n'est plus ce qu'elle était. Vieillissante, blanchissante et essoufflée, elle se sent obligée de compenser par un surcroît de virtuosité ce qu'elle a perdu en urgence et en énergie brute.
Malheureusement, si les trois keufs péroxydés s'appuient sur un lot enviable de tubes universels, ils ont tendance à oublier que leurs compositions trentenaires valent plus par leur légèreté éternelle que par leur complexité érudite. Dès lors, la multiplication des solos onanistes d'Andy Summers, des redoublements rythmiques de Stewart Copeland et des vocalises dodododadadaesques de Sting finissent par lasser rapidement les quelques spectateurs qui savent que l'histoire de la musique ne s'est pas arrêté en 1987, au moment de la séparation de leurs idoles.
Les autres, tout à leur bonheur d'avoir pu confier les enfants à belle-maman pour quelques heures, sont ravis d'envoyer à pleine voix des "messages dans des bouteilles", de "marcher sur la lune" et de célébrer la belle et immorale Rooooooooxane !
La descente de Police violente et sans pitié arrive pourtant, en toute fin de concert, lorsque le flic Corse de la première heure (Henry Padovani, pas Charles Pasqua) rejoint sur scène ceux qui l'en avaient chassé au début de l'aventure, pour balancer un Next to you électrique et sans fioriture qui déchire la nuit comme une sirène hurlante que l'on n'attendait plus.
Mais il est trop tard. Les bobos tournent déjà le dos à la scène, en quête du t-shirt souvenir qu'ils pourront arborer fièrement lors de la prochaine fête d'école de la petite dernière. Retrouver la rue où l'on a garé l'Espace, s'extirper des embouteillages, reprendre l'autoroute en direction de sa résidence pavillonnaire en écoutant une radio FM nostalgique qui a le bon goût de diffuser en boucle les succès du siècle dernier… La parenthèse en-chantée se referme lentement, comme les portes du pénitencier célébré par d'autres.
Fallait pas y aller nous aurait dit Michel Muller.
Si, il fallait.
Ne serait-ce que pour pouvoir répondre à la question rituelle :
" Mais que fait la Police ? "
En 2007 : de la soupe.
Joël Fomperie
© Etat-critique.com - 02/10/2007