Dans le monde très policé de la bande dessinée comique, les deux flics les plus crétins des Etats-Unis détonent. Plus d’une demi douzaine d’aventures plus tard, ils font toujours preuve d’une bêtise réjouissante et offrent une excellente parodie de la fiction américaine.
Il y a eu méprise sur Spoon & White. Au début, on a cru à une parodie gentillette du cinéma d’action par deux auteurs passionnés, Léturgie et Isard. Puis, petit à petit, ils ont mené une saga policière, très drôle, décodant l’abrutissement qui se cache derrière les films américains.
Même si le dessin est léger et plaisant, le propos est nettement plus subversif. Mickey Spoon est flic tout petit mais d’une très grande stupidité. Ses idoles sont Clint Eastwood (du moins quand il interprète l’inspecteur Harry) et tous les mignons personnages de Disney.
Il déteste cordialement son collègue, Donald White. Ce dernier est un abruti raciste, suffisant et toujours prêt à faire la pire crasse à son camarade. Ils ne s’aiment pas car ils sont tous les deux amoureux d’une journaliste sexy et arriviste, Courtney Balcony.
Cet amour incontrôlable les pousse à gâcher toutes leurs enquêtes et surtout détruire tout ce qui les entoure. Les deux agents sont la honte de la police et pourtant, ils sont les héros de cette bande dessinée.
Plus les personnages sont idiots, plus ils sont attachants. Les auteurs opposent à leur idiotie, des figures du cinéma d’action, tout aussi, imbéciles, car bornées et sectaires. Le vent de folie qu’amènent Spoon et White dissèque les stéréotypes du cinéma qui nourrit le public mondial.
Pour ce septième volet, Léturgie et Isard s’attaquent à la télévision en parodiant cruellement la série 24 heures chrono et son héros aux méthodes plus que douteuses. C’est corrosif. Les facéties violentes des deux nigauds provoquent des gags qui démythifient tout ce qu’ils approchent. A une époque, où l’autosatisfaction est devenu une valeur acceptée par tous, les pitreries sur papier glacé de ces deux antihéros sont une lecture jouissive !
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 13/10/2007