Dupont T vient de sortir Spider’s dance, un album onirique de grande qualité musicale à découvrir sans attendre.
Hubert Dupont avait crée la surprise avec « Ultraboles » en 2005, un exercice de contrebasse solo qui en avait étonné plus d’un par la qualité des compositions et un phrasé mélodique complètement assumé malgré un niveau d’exercice élevé. Une révélation qu’il est toujours difficile de confirmer tant les mélomanes vous attendent ensuite au tournant. Avec une toute autre instrumentation et une autre formation, on se laisse encore prendre au piège ! La toile tendue par la "Spider’s dance" fait mouche. Entouré de Rudresh Mahanthapa, la pointure séduisante actuelle du saxo alto, d’Yvan Robillard, pianiste au talent d’improvisateur reconnu et de Chander Sardjoe, un batteur à la polyrythmie déconcertante, Dupont et sa double-bass parviennent à attraper l’auditeur et à ne plus le lâcher.
Avec neuf compositions sur dix morceaux de Dupont, mais laissant la part belle dans les enregistrements à Rudresh et à sa culture indienne ("1010" est composé par Rudresh lui-même) , l'opus nous laisse volontiers se perdre dans la danse de ce quartet qui vient signer là une belle réussite d’écoute et de combinaison mathématique. L’album pourrait s’écouter en regardant le ciel et les étoiles, en imaginant le chaos organisé de lignes invisibles appelées constellations. Une toile comme une constellation musicale ou chaque improvisateur va d’un point à l’autre pour créer un nouveau champ d’écoute. Entre tensions rythmiques et rêveries inconnues. Une dissonance poétique qui démontre une connaissance experte des mécaniques du jazz et un goût certain pour le risque et les ruptures.
Avec quatre électrons aussi différents et talentueux surgissent de belles surprises de sens et de couleur. Une rupture d’équilibre permanente rattrapée à chaque fois par un instrument. " Mais presque " commence par un swing qui chute, " D’hélices " commence par un monologue de Dupont en intro mais part rapidement ailleurs. " Ladies on board " erre entre la gravité de l’archet et les touches romantiques de Robillard tandis que la rythmique africaine de " Moundélé " ne tient que 40 secondes sur 6 minutes 47 pour s’effacer devant un piano et un saxophone déchaînés.
Cette danse de l'araignée parvient donc à relever le défi de la complexité et du plaisir. Une danse contemporaine où le toucher est à l'honneur : corde frappée, frottée, cognée, vibrations de cymbales, souffle qui caresse les anches sur un air congolais, indien ou simplement oriental (magnifique Irid avec un début à l’archet et un saxophone qui vous feront planer pas moins de 4 minutes 28). En somme, une abstraction de 52 minutes à écouter et réécouter, à interpréter et à réinterpréter.
http://www.hubertdupont.com/
http://www.ultrabolic.com/
Sébastien Mounié
© Etat-critique.com - 05/09/2007