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Vendredi 25 Mai 2012Cinéma

 Southland Tales

Southland Tales

Richard KELLY

Avec The Rock, Sarah Michelle Gellar, Justin Timberlake et Sean William Scott - Wild Side - 2h20 - 2007

Et ta critique ?




Attendu comme le messie, le dernier film de Richard Kelly est une déception. Cette Arlésienne ne dégage aucune sincérité en restant volontairement cryptique et finalement trop artificielle.


Afin de justifier une série d’évènements conduisant à l’annihilation de la race humaine, quelle meilleure introduction qu’une attaque nucléaire en plein Texas le jour de la fête nationale américaine ? La réaction est logique : l’Axe du Mal va subir le courroux d’une nation vengeresse, et le patriotisme s’enraciner dans les consciences, de gré ou de force

Nous sommes en 2008 : le pétrole vient à manquer, le Patriot Act a donné naissance à la société USIdent qui utilise la biométrie pour surveiller la population, et un acteur de films d’action, marié à la fille d’un gouverneur républicain, finit amnésique dans une Californie en proie à un gauchisme exacerbé. Toute ressemblance avec des personnes ou des faits existants n’est pas complètement fortuite.

La suite est un enchaînement brouillon de situations complexes où seul le réalisateur semble s’y retrouver. Et encore. À l’inverse du ténébreux Donnie Darko, qui lui a permis de se faire un nom, le discours philosophique et les méandres de la construction narrative ne servent plus une ambiance mélancolique ou une allégorie surréaliste. On a purement l’impression d’assister à de la masturbation intellectuelle.

Le parcours volontairement chaotique qui conduira à la fin du monde (thème cher à l’auteur, il faut croire) se nourrit de références à l’actualité (enfin celle en vigueur lors de la sortie aux États-Unis) qui se transforment en extrapolations mystiques.

Nous ne sommes plus dans l’onirique, mais dans une vision symbolique de la politique où l’influence des puissants menace le destin de l’humanité et l’intégrité de la planète. Le surréalisme n’est plus ce qu’il était.

Remonté et amputé après un accueil plus que réservé à Cannes, le film n’a pas non plus convaincu le public américain. Ce qui peut se comprendre vu que le fond doit plus les déranger que la forme.

Malgré tout, il fait bon de revoir un cortège d’acteurs plus ou moins oubliés dont il est difficile de savoir s’ils en font trop par principe, par manque d’habitude où s’ils sont en pleine improvisation au milieu du bordel ambiant.

Au sein d’un projet multisupport (site internet, comic books…), l’univers est développé à travers ces médias, mais le sens ne s’y trouve pas forcément. Ce qui est un comble pour un long-métrage qui a pour thématique la profusion des images, des informations et des dictatures modernes se posant en défenseurs des libertés dont elles définissent elles-mêmes les frontières.

Avec un récit faussement prophétique, ce pamphlet symbolique indigeste est finalement assez vain malgré ses ambitions affichées. Le semblant d’idées visuellement et scénaristiquement intéressantes est noyé dans un flot ininterrompu de séquences qui se veulent inspirées (et souvent par d’autres comme Gilliam pour Brazil et Lynch pour l’ensemble de sa carrière). La modestie est décidément une vertu qui se fait de plus en plus rare.



Vincent Valat

© Etat-critique.com - 25/03/2009