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Vendredi 25 Mai 2012Musique

 Songs for someone

Songs for someone

Perry BLAKE

(Naïve - 2004)

Et ta critique ?




À la recherche désespérée d’un fantôme d’amour dans la brume irlandaise. Perry Blake jamais meilleur que quand il est triste.


Son nom est il Ava ? On peut penser que oui, en écoutant le magnifique cinquième morceau. Peu importe. En tout cas, ce "someone" qui a replongé l’humeur de Perry Blake dans le mélancolisme dont il s’était pourtant sorti avec son assez sautillant - et répétitif - précédent album (California, en 2002). Et c’est triste à dire, mais on a presque envie de le remercier, le "someone", d’avoir fait tant de mal à notre romantique irlandais.

Oiseau blessé, reclus dans son petit cottage perdu dans la forêt du comté de Leitrim (réputé pour être la région la moins peuplée d’Europe), Kieran Gorman (c’est son vrai nom) est allé confier au vieux piano de son enfance son mal de vivre, ses états d’âme et ses rêveries désespérées. Et, comme le lierre dans le jardin, ce sont de merveilleuses mélodies qui sont venues entrelacer les petits poèmes tristes qui sortaient du cœur de notre solitaire éconduit.

Tendres et sensibles, les chansons émeuvent par leur pureté et leur délicatesse. C’est aussi une voix profonde et changeante (Perry Blake double souvent en aigu sa ligne de chant - assez mâle à la base - ou il alterne grave/aigu, comme s’il jouait les deux rôles homme/femme, selon qu’ils communient ou qu’ils s’affrontent) mêlée à de très fins arrangements (petite formation à cordes, petite formation de cuivres, guitares, claviers et même électronique) qui leur donnent tout ce corps et tout ce cachet. Un seul morceau faible… et encore, c’est une reprise (Native New Yorker, à la sauce crooner saugrenue). Pour le reste, on est conquis par la qualité des mélodies et par leur interprétation extrêmement touchante et inspirée.

Tout cela devrait bien donner envie à quelqu'un d’aller consoler ce vieux garçon dans son ermitage du Nord Ouest de l’Irlande, non ? Il vous faudra vous rendre, très exactement, dans le petit village de Dromahair. Sa maison est difficile à trouver, mais vous avez des chances de le rencontrer au pub à l’heure du déjeuner ou en soirée sur la plage déserte, chaussé de bottes jaunes de pêcheur.

Par contre, si tout se passe bien - grâce à mes infos confidentielles -, soyez sympa : d’ici quelques mois, laissez-le tomber de façon inattendue et cruelle… On aimerait bien qu'il nous refasse album aussi beau !





Roland Caduf

© Etat-critique.com - 27/06/2010