Avec Stephen Dorff, Elle Channing, Chris Pontius et Michelle Monaghan - Pathé - 5 janvier 2011 - 1h35
Et ta critique ?
Film d'auteur arty ou foutage de gueule tendance, le quatrième film de Sofia Coppola interroge sur l'art délicat de filmer l'ennui...
En trois films, Sofia Coppola est devenu la cinéaste américaine la plus appréciée en Europe. Elle est formidable et très ouverte. Sa famille est prestigieuse. Ses films sont modernes. Ses goûts musicaux sont à la pointe de la tendance. Sa vie privée est super cool (elle a épousé le chanteur du groupe Phoenix). Sofia Coppola cultive un existentialisme contemporain, féminin et légèrement snobinard.
Dans son nouveau film, elle confirme un peu tout cela. Talentueuse, la réalisatrice pose un regard tendre et inhabituel sur un héros particulier. Une star du cinéma qui s'ennuie.
Une sorte d'acteur grunge, victime de son succès, enfermé dans le célèbre hotel Chateau Marmont à Hollywood. Il a une grosse voiture, des copains et des aventures d'un soir. Il s'ennuie.
Avec son sens du cadre précis, la réalisatrice en trois plans longs nous fait comprendre le vide qui habite ce type usé et désemparé. Elle a la bonne idée d'utiliser un vrai acteur au bout du rouleau. Stephen Dorff, acteur de séries B, est magnifique. Son regard est absolument bouleversant même lorsqu'il est torve.
Lorsque déboule sa fille, Cleo, jouée par une grande tige fragile, Elle Channing, on se retrouve devant un joli couple de cinéma. Hélas elle arrive un peu tard, la fille du comédien.
Avant les retrouvailles, Coppola filme la solitude de l'acteur. Longtemps. Très longtemps. Le plan d'ouverture avait tout dit. Elle rajoute plusieurs couches d'ennui pour que l'on partage le mal être du héros. C'est gagné. Très bel objet, Somewhere nous accable.
Cleo apporte un peu de fraîcheur. Dans un monde feutré de vices, le contraste est évident et souvent gracieux. Sa légèreté s'oppose aux excès du papa. Leur complicité est rassurante et douce. C'est le plus bel élément du film. On comprendra logiquement les derniers instants du film, où le père retrouve peu à peu le sourire et le goût de la vie.
Le film raconte donc le réveil d'un type qui se découvre père. Après Lost in Translation et Marie Antoinette, on a bien compris que Sofia Coppola, fille de, a des comptes à régler avec le star system. Ses coquetteries artistiques lui permettent de le faire avec classe. Mais ici, elle tente l'épure totale et la perplexité survient rapidement.
Filmer la lassitude est un exercice périlleux. Coppola se fait avoir par l'aspect cotonneux de son histoire d'une simplicité trop déconcertante. Ses idées visuelles (des plans lents et fixes généralement) ne suffisent pas à nourrir un intérêt pour cette star paumée qui s'emmerde.
A trop filmer le vide, elle finit par tomber dans un cinéma trop précieux. Ce n'est pas un mauvais film. Loin de là. C'est une déception de la part d'une cinéaste que l'on peut soupçonner désormais de roublardise.