Le 5 mai dernier, Georges Moustaki a sorti son dernier album, Solitaire. À cette occasion, il était d’ailleurs à l’Olympia. Pas de vraie surprise, mais des petits morceaux tendres et agréables, doucement rebelles.
Moustaki, comme Reggiani, Piaf et quelques autres, fait partie de notre mémoire. Ses titres, notamment Le Métèque, sont dans toutes les mémoires. D’ailleurs, lui aussi se met à la nostalgie dans cet album. En effet, le premier titre, Le Temps de nos guitares, rend hommage à Brassens, Brel, mais aussi Henri Salvador ou Gainsbourg. Des chers disparus qui nous manquent beaucoup et qui, chacun, ont marqué leur époque. Une époque hélas révolue, qui fut aussi celle de la jeunesse de Moustaki. Et la nostalgie, le regret de ce temps-là, à jamais perdu, est bien palpable au long de l’album.
Bien sûr, lorsqu’il entame deux reprises, notamment la superbe Ma solitude, créée en 1967 par Serge Reggiani, disparu lui aussi, on frissonne. Ici, Moustaki l’interprète avec China Forbes, la chanteuse de Pink Martini, et cela donne un délicieux cocktail de douceur et de légèreté, de tendresse. Cette chanteuse est aussi présente sur l’autre reprise de l’album, un classique de Moustaki, Donne du rhum à ton homme. Moustaki raconte d’ailleurs que des Antillais lui ont dit à un concert qu’ils étaient convaincus que cette chanson faisait partie de leur répertoire. Tous ignoraient qu’il en était l’auteur, des paroles comme de la musique… Quel auteur pourrait rêver d’un pareil compliment ?
Moustaki a résolument placé cet album sous le signe des duos, malgré son titre. Ainsi, Sans la nommer, chanson des années 1970, qu’il a reprise au printemps 2007 lors d’un concert de soutien à Ségolène Royal avec Cali, qui l’a revisitée. Il y est question d’une « jolie fleur du mois de mai »…
Une chanson clin d’œil au maire de Paris et à ses Vélib’, Une fille à bicyclette, permet aussi un beau duo avec Vincent Delerm.
Il adapte également Chico Buarque avec Stacey Kent pour un morceau aux rythmes surprenants et aux accents amers, Partager les restes.
Marcel Azzola est invité à l’accordéon, Marco Arietas à la guitare, excusez du peu… Sans compter ses musiciens habituels à la guitare, à la batterie et à l’accordéon.
Bien sûr, la voix de l’auteur de Milord semble parfois un peu fatiguée.
Mais, pourtant, Moustaki reste le même, comme dans Mélanie faisait l’amour, un joli portrait d'une femme qui aimait les hommes, un texte comme Moustaki en a tant écrit, plein de tendresse pour la passion charnelle. Enfin, La Jeune fille lui permet une touchante prouesse, lorsqu’il se met dans la peau d’une adolescente rebelle.
Reste un morceau de choix, Solitaire. Hé oui, le grand amoureux des femmes n’aime rien tant qu’être seul, se déplacer à vélo, seul. Ce qui ne l’empêche nullement de demeurer ouvert et sociable. Et toujours, toujours engagé. En douceur, mais fermement.
Pour notre plus grand plaisir, puisqu'il nous offre ainsi une balade bien loin de l’air du temps, du lisse et du convenu actuels.
Marie Léon
© Etat-critique.com - 26/07/2008