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Vendredi 25 Mai 2012Musique

 Solidays 2011

Solidays 2011

. SOLIDAYS

Festival 2011

Les commentaires

roland

Le 27/06/2011

Comme si on y était !
Très originale cette chronique "vue de l'ambiance"... ça donne envie !
Merci Seb !

Et ta critique ?




Solidays, le festival qui prend de l’ampleur. 150 000  spectateurs en 3 jours ! Chronique estivale de Festival...


On y était les trois jours. Ah que c’était bon ce petit festival dans l’hippodrome de Longchamp. Le temps était au rendez-vous. Grand beau . L’été.  Les tentes alignées au fond du festival, solidaires, guettent les trois jours de concerts. Les jeunes ont sorti leur coupe afro, leurs dreadlocks, leurs espadrilles, leur chapeau de paille, leur tatouage et leur sourire parfumé au pétard. Les filles ont compris que c’était l’été, les garçons aussi.  Dos nus, jambes nues, parfois visages rouges, très rouges, ensoleillés, grisés.  Baladant, sautillant, slalomant, le djeune passe et repasse. L’ambiance est « à la cool »plus qu’à l’alcool. C’est presque la fête aux crustacés de la plage ensoleillée.

Les stands de restauration s’enchaînent sur le côté. Kebabs, sandwichs, couscous, tagines, buvettes, falafels, pastèques, thé à la menthe. La buvette a du succès. Sur trois jours, ma carte bleue a consommé quelques litres de bière fraiche deler-mienne. Sans excès. Juste de quoi rassasier une soif brûlée par le soleil de juin. Sans ivresse. Les gobelets consignés à l’effigie d’Heineken, de Solidays, d’EcoCup, l’entreprise de gobelets réutilisables, en vert, en violet,  en noir, en rose ont défilé. Le saut à l’élastique laisse tomber dans le vide des sacs d’hommes et de filles secouées dans tous les sens. Des oranginas célestes. Ca gueule, ça crie, ça chute. En bas, des joueurs de Uno lèvent régulièrement la tête en pensant, « je vais bientôt m’en prendre un, qu’on est bien le cul sur le sol, faut vraiment être malade pour se jeter tête en bas… »

Les gens sourient. Une douceur de vivre. Un dépaysement urbain inattendu. Et puis il y a les bénévoles. Les serveurs qui doivent répondre au : « Tavernier, une cervoise ! …Jusqu’à 25cl, au petit trait ». Les « Mademoiselle Staff » des buvettes qui sourient toujours malgré les gros lourdingues qui les interpellent « Mademoiselle Staff ! » à cause du mot écrit en caractère gras sur leur dos et qui impose malheureusement un humour à caractère gras. D’autres volontaires vendent des t-shirts à celui ou celle qui ne connaît jamais sa taille et qui veut quand même essayer le modèle fille parce qu’il  n’y a plus sa taille - qu’il a oublié. L’homme est chiant, mais le bénévole patient, alors l'homme est chiant. 

Et puis il y a les artistes. Une affiche qui en impose cette année : Katerine, Aaron, Hocus Pocus, Alpha Blondy, Yael Naïm, Stupeflip,  Alice Russel, John Butler trio, Asian Dub Fundation, Les ogres de Barback, Shaka Ponk, Morcheeba, Moriarty, Stromaé, Syd Matters, l’orchestre national de Barbès, Bernard Lavilliers, IAM, Moby, les Têtes Raides, Yodelice, Gaëtan Roussel, Cocoon, Bumcello, HK et les Saltimbanks pour ne citer qu’eux…

La joie est sincère mais sent un peu les vieux cartons quand IAM fait sa prestation « ancien combattant » et relance « je danse le MIA ». Derrière moi, une spectatrice d’une vingtaine d’année me demande : "-  C’est qui IAM ? Je la regarde du haut de mes 37 piges. - Comment ? Tu ne connais pas ? Un des piliers du rap français ?... Tu connais le hip hop quand même ?  La fille cheveux au carré et grand yeux marron se marre et me répond – Oui je viens d’Angoulême mais j’ai fait du hip hop ! Bon le truc c’est que notre prof nous faisait danser ça sur de la country ! – Oui… Forcément… Pour connaître des artistes de hip-hop, ce n’est pas terrible. Par contre, tu dois être balaise en country." La fille me raconte un de ses derniers concerts, celui notamment où elle s’est faite piétinnée par un mouvement de public. Le souvenir est marquant et lui a laissé l’empreinte de sa boucle d’oreille en forme de croix du sud sur la joue. "– Non, sur IAM, tu ne risques rien pas de pogo en perspective."  Le concert se poursuit. A la fin de la prestation d’IAM, elle me dit : « Je n’ai pas aimé IAM,  pourtant tout le monde chantait tous les titres ». – Oui tu as raison, le problème d’IAM, c’est ça. Pas d’album récent qui puisse mettre tout le monde d’accord mais un succès historique campé sur un tas d’or. Akhenaton est devenu un pharaon décoré à la feuille d’or. Une pyramide de succès sur une base solide carrée qui s’effritera avec le temps. Un album est attendu pour l'automne...

Même arrière goût pour les Têtes Raides qui relance un Ginette usé jusqu’à la moelle, nostalgique. On restera quand même ému et séduit par l'hommage rendu à Mano Solo et à « la vie c’est pas du gâteau ».

Alors notre esprit s’attardera plutôt sur Syd Matters et ses chants mélancoliques, sur Stromaé, évangéliste tecno lançant ses Houseleluiah, et sur HK et les Saltimbanks passés trop tôt dans l’après-midi mais qui ont su mobiliser les foules. On reste conquis par les quatre musiciens chanteurs de l’Orcheste National de Barbès qui enchaînent chorégraphies joyeuses sur scène et par Hocus Pocus qui déploie une grande richesse rythmique funky. Lavilliers chante son "Y en a marre", fidèle à lui-même, contre les dictateurs et pour les libérateurs. HK parodie le président. On rit, on s’amuse des situations si variées. 

Enfin presque… Le samedi soir Luc Barruet, directeur –fondateur du festival prend le melon et se croit maître en son domaine. Un rien mal aimable et autoritaire, il traite de con un spectateur ivre qui ne lui obéit pas. »Toi t’es con », doigt en avant devant un public un brin médusé. L’esprit divague et on se sent mal à l’aise devant une attitude en contradiction avec un festival solidaire qui annonce « un résultat financier très positif ». L’émotion sans doute. Le dérapage. L’acte manqué du moment important… Un manque d’humilité… Dommage pour Luc. La bière est très bonne, certains veulent danser et chanter. Pas Luc.

Alors on zappe vite et on ne retient que les moments de bonheur et de partage. On repense aux spectateurs slammeurs en combinaison fluo nageant sur les bras du public de Moby. Aux ballons-capotes transparents flottant dans le ciel, aux jets d’eau dans le public, à la galère de se garer en bagnole, à l’enchaînement permanent de concert vous faisant des dilemmes faciles comme Shaka Ponk ou Moriarty ou cornéliens comme Asian Fub Fondation ou Ebony Bones ? On marche d’une scène à l’autre.  Les pieds dans le sable et le soleil dans la tête. Puis on sort du Festival comme après un week-end à la campagne, un brin fatigué mais un brin ressourcé en attendant le prochain. Solidays, il faut y aller.


Sébastien Mounié

© Etat-critique.com - 27/06/2011